Washington relance la médiation entre le Maroc et l’Algérie. Steve Witkoff, envoyé spécial de Donald Trump pour le Moyen-Orient, a annoncé qu’un « accord de paix » pourrait voir le jour d’ici 60 jours. Une initiative qui intervient alors que le projet de résolution américain au Conseil de sécurité consacre le plan d’autonomie comme unique base crédible pour résoudre le conflit du Sahara. Face à ce tournant diplomatique majeur, Alger adopte pour l’instant un silence inhabituel.
Un « arrangement de paix » entre Rabat et Alger d’ici 60 jours. C’est la déclaration-choc de Steve Witkoff, envoyé spécial de Donald Trump pour le Moyen-Orient, lors de l’émission américaine 60 Minutes diffusée dimanche 19 octobre sur CBS News. « Nous travaillons actuellement sur un accord entre l’Algérie et le Maroc. Et il y aura, à mon avis, un arrangement d’ici 60 jours », a-t-il affirmé, en présence de Jared Kushner, ancien haut conseiller de Trump et acteur clé de cette médiation.
Cette annonce intervient dans un contexte régional marqué par un enchaînement de signaux diplomatiques. Quelques jours plus tôt, lors d’un entretien sur la chaîne saoudienne Asharq, Massad Boulos, envoyé spécial de Trump pour l’Afrique, avait assuré que les autorités algériennes se montraient favorables à une amélioration des relations avec le Maroc: « Nous comptons sur la noblesse et la position historique de Sa Majesté le Roi et sur la coopération entre toutes les parties concernées. En premier, les Algériens, avec qui nous entretenons de très bonnes relations. J’étais récemment en visite en Algérie et j’ai eu une excellente rencontre avec son excellence le président, surtout sur ce sujet précis. Ils veulent une solution tranchée et définitive, et ils sont favorables à l’amélioration des relations avec leurs voisins, avec le Maroc, son peuple, son Roi, son gouvernement… Nous sommes plus optimistes que jamais pour que ce sujet trouve inchallah un dénouement positif et durable », a-t-il confié.
En toile de fond, Washington a déposé au Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution sur le Sahara qui marque un tournant majeur : la réduction de moitié de la durée du mandat de la Minurso et la confirmation du plan d’autonomie marocain comme « base sérieuse, crédible et réaliste » de toute solution politique. Cette orientation bénéficie du soutien de plusieurs capitales occidentales, renforçant la pression sur Alger pour sortir de l’impasse diplomatique.
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Le changement de ton ne vient pas uniquement de Washington. À Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s’est dit disposé à soutenir le plan d’autonomie marocain, signalant un rare alignement de positions sur la nécessité d’une solution politique rapide.
Face à cette dynamique internationale, Alger a choisi le silence. Abdelmadjid Tebboune a soigneusement évité toute référence au Maroc ou au Sahara lors de sa dernière intervention médiatique, une posture interprétée comme un signe de prudence — voire de désarroi diplomatique. Dans les rangs proches du régime, les premières réactions oscillent entre scepticisme, irritations contenues et critiques virulentes du projet américain, qualifié de « recul politique ».
Pour rappel, le 24 août 2021, l’Algérie avait annoncé unilatéralement la rupture de ses relations avec le Maroc. Si elle se concrétise, l’initiative américaine pourrait ouvrir une séquence diplomatique inédite entre les deux voisins maghrébins, sur fond de repositionnement géopolitique global autour du dossier du Sahara.

