Une étape décisive a été franchie dans le projet ambitieux de construction d’un tunnel reliant le Maroc à l’Espagne. Herrenknecht Iberica, filiale espagnole du leader allemand en construction de tunneliers Herrenknecht, a été mandatée pour réaliser l’étude de faisabilité de cette infrastructure sous-marine unique en son genre.
Destiné à relier Tarifa, en Espagne, à Tanger, au Maroc, le futur tunnel comptera 42 kilomètres, dont 27,8 kilomètres sous l’eau. Il deviendra ainsi le plus long tunnel ferroviaire sous-marin au monde, surpassant même le tunnel sous la Manche qui mesure 38 kilomètres sous l’eau. Outre sa longueur, ce projet présente des défis techniques majeurs avec une profondeur variant de 175 à 475 mètres sous le niveau de la mer.
Le tunnel se composera de deux tubes ferroviaires parallèles de 7,9 mètres de diamètre, permettant le transport de passagers et de marchandises à grande vitesse. Un troisième tube, plus petit, sera réservé à la maintenance et à la sécurité. Les structures seront reliées par des passages transversaux tous les 340 mètres, ainsi que par des zones de sécurité tous les 100 mètres. Les camions et voitures pourront être transportés sur des trains spécialement conçus pour cette liaison.
Selon Herrenknecht, l’étude de faisabilité vise à analyser et à proposer des solutions aux nombreux défis posés par ce mégaprojet. Le détroit de Gibraltar, étroit et très profond, représente un véritable goulot d’étranglement pour le trafic entre l’Afrique du Nord et l’Europe. Avec des courants marins puissants et une sismicité importante, les conditions géologiques et environnementales de la zone requièrent une expertise de pointe.
L’étude inclura également l’utilisation de sismomètres sous-marins, acquis par SECEGSA, pour analyser la stabilité des sols. Ces appareils, capables d’atteindre jusqu’à 6.000 mètres de profondeur, permettront d’évaluer la faisabilité technique de la construction.
Un projet vieux de plusieurs décennies
L’idée d’un tunnel sous le détroit de Gibraltar remonte à 1979, lorsque le roi Hassan II et le roi espagnol Juan Carlos Ier ont lancé les premières discussions sur le sujet. Depuis, plusieurs études préliminaires ont été menées, mais ce n’est qu’aujourd’hui que le projet semble se rapprocher de sa concrétisation.
En plus d’améliorer les échanges économiques entre les deux rives, le tunnel devrait, à terme, permettre le transit de plus de 13 millions de tonnes de marchandises et de 12,8 millions de passagers par an. Il s’inscrit ainsi dans une vision ambitieuse de modernisation et de renforcement des relations entre l’Afrique et l’Europe.
L’ambition partagée par le Maroc et l’Espagne pour ce tunnel reflète leur volonté de transformer les 14 kilomètres qui les séparent en un symbole de coopération innovante. Le projet représente également une étape cruciale dans la mise en place d’infrastructures durables et respectueuses de l’environnement.

