Plus qu’une réforme administrative, la régionalisation avancée constitue un projet stratégique de transformation de la gouvernance territoriale au Maroc. Initiée et portée par la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, elle ambitionne de donner aux régions les moyens de gérer leur développement et d’ouvrir de nouvelles perspectives pour les provinces du Sud et l’ensemble du Royaume.
Deux importants événements factuels motivent le choix de cet éclairage : la mise en œuvre attendue du plan d’autonomie pour la région du Sahara marocain, dans le cadre de la souveraineté nationale, et l’approche des prochaines échéances électorales, avec les législatives prévues en septembre 2026 et les élections communales en 2027.
Le projet d’autonomie dans la région du Sahara marocain s’inscrit en effet dans une dynamique réelle visant à doter toutes les régions du Maroc de réelles prérogatives de gestion autonome de la chose publique. Il s’agit d’une vision royale mise en œuvre depuis de nombreuses années.
Un chantier hautement novateur et prometteur : la régionalisation avancée. Son processus évolutif est promu par Sa Majesté le Roi Mohammed VI depuis Son accession au Trône.
Plus qu’une philosophie, il s’agit bel et bien d’un projet ambitieux, profondément maroco-marocain, visant à gérer la chose locale au plus près des territoires.
Question de départ : comment développer les territoires ?
L’objectif ultime est d’avoir moins d’État dans les communes et les régions, davantage d’autonomie dans la gestion de la chose locale, plus de moyens humains et matériels au niveau des territoires. En somme, il s’agit d’instaurer une véritable décentralisation comme première étape et, à terme, une régionalisation avancée pleinement effective.
Historiquement, le processus est engagé depuis les années soixante et jalonné par plusieurs étapes importantes. La création des premières communes remonte à 1959, celle des premières régions à 1971. Mais le véritable déclic intervient avec l’adoption de la Charte de la décentralisation en 1976.
En 2002, la Charte communale consacre une moindre présence de l’État dans la gestion locale. Le train des réformes se poursuit. Moins de quatre ans plus tard, des ressources budgétaires sont allouées aux régions.
Nous arrivons ensuite à 2008. Un discours royal historique trace la feuille de route pour une régionalisation avancée et annonce la réorganisation de l’administration locale, ainsi que l’impératif de renforcer l’encadrement de proximité.
Le chantier est ambitieux et sa concrétisation passe par la mise en œuvre de la déconcentration. Corollaire indispensable à la régionalisation, cette démarche implique une rupture avec la centralité. Un réel transfert de pouvoirs de décision, de ressources budgétaires et de moyens humains est amorcé du centre vers les territoires.
En janvier 2010, l’initiative continue de progresser grâce à l’engagement de femmes et d’hommes mobilisés pour élaborer un modèle de régionalisation avancée capable d’accompagner le vaste programme de réformes initié par le Souverain.
En 2011, un discours royal entérine le statut de collectivité territoriale des régions et précise les orientations fondamentales de la régionalisation. Il s’agit notamment de :
- conférer à la région la place qui lui échoit dans la Constitution parmi les collectivités territoriales, dans le cadre de l’unité de l’État, de la nation et du territoire ;
- prévoir l’élection des conseils régionaux au suffrage universel direct et garantir une gestion démocratique des affaires régionales ;
- confier aux présidents des conseils régionaux l’exécution des délibérations des conseils, en lieu et place des gouverneurs et des walis ;
- renforcer la participation des femmes à la gestion des affaires régionales et à l’exercice des droits politiques ;
- refondre la composition et les attributions de la Chambre des conseillers afin de consacrer sa représentativité territoriale.
L’objectif ultime reste de consolider les fondements d’une régionalisation marocaine à travers tout le Royaume, avec, en tête, les provinces du Sahara marocain. Une régionalisation fondée sur une bonne gouvernance, garantissant une nouvelle répartition équitable des attributions et des moyens entre le centre et les régions.
Au printemps 2015, trois lois organiques relatives aux collectivités territoriales sont adoptées. Ces textes fondateurs constituent le socle juridique de la régionalisation au Maroc.
La même année est marquée par la tenue d’élections communales et régionales, consacrant les principes constitutionnels de libre administration, de coopération et de solidarité.
Le Royaume se dote alors d’un nouveau découpage territorial : douze régions au lieu de seize. Le nombre des communes est maintenu à 1 503, celui des provinces à 13 et celui des préfectures à 62.
Cette nouvelle organisation territoriale s’accompagne d’un relèvement significatif des ressources financières allouées aux régions : 10 milliards de dirhams en 2021 contre 2 milliards avant la réforme. Les lois de finances successives (2024-2026) consolident ces moyens afin de financer l’investissement, les services de base et la déconcentration administrative.
Cette initiative porte la promesse d’un avenir meilleur pour les populations des provinces du Sud. D’importantes perspectives de développement et de prospérité s’ouvrent.
Des centaines de projets ont été réalisés ou sont en cours de concrétisation, avec des investissements colossaux et des chantiers structurants. Parmi eux figurent notamment la voie express Tiznit-Dakhla, le programme industriel Phosboucraâ à Laâyoune, le port de Dakhla Atlantique, ainsi que de grands projets d’énergies renouvelables et de stations de dessalement d’eau de mer.
Lire aussi: Tanger Accueille les 2e Assises Nationales de la Régionalisation Avancée
Les aspirations sont immenses, les défis tout aussi colossaux. Le modèle se donne les moyens de ses ambitions : faire des provinces du Sud un véritable hub régional et une locomotive de développement pour le Maghreb et l’Afrique subsaharienne.
Sur le plan interne, la régionalisation avancée ouvre également de nouvelles perspectives pour la concrétisation du nouveau modèle de développement.
Si le premier mandat des communes et des régions (2015-2021) a permis d’asseoir le cadre juridique et institutionnel de la régionalisation avancée, les objectifs pour l’avenir restent clairement définis.
Les élections de 2021 ont renouvelé les conseils communaux et régionaux, marquant une étape importante dans la consolidation de la décentralisation. Les communes gèrent les affaires locales, tandis que les régions se concentrent sur le développement économique et territorial stratégique.
Les prochains mandats, à partir de 2027, devront permettre de consolider les efforts de convergence et de complémentarité engagés.
En définitive, la voie est tracée. Elle s’inscrit dans une trajectoire claire : celle de territoires plus autonomes, inclusifs et moteurs du développement national.

