La musique générée par intelligence artificielle envahit les plateformes de streaming à une vitesse record. Un tiers des nouveaux morceaux publiés sur Deezer chaque jour sont désormais artificiels, une déferlante qui bouleverse l’économie du streaming, menace les revenus des artistes et relance un débat mondial sur le droit d’auteur et la valeur même de la création musicale.
Ce qui n’était qu’une curiosité technologique est devenu un séisme industriel : chaque jour, près de 40 000 morceaux entièrement générés par l’IA sont mis en ligne sur Deezer, soit un tiers des nouveautés quotidiennes, contre seulement 10 % en début d’année. Les géants du streaming comme Spotify, Apple Music ou Amazon Music sont tout autant confrontés à cette déferlante. En septembre, Spotify a même supprimé 75 millions de titres artificiels.
Derrière cette explosion se cachent en grande partie Udio et Suno, deux plateformes capables de générer une chanson en quelques lignes de texte. Elles séduisent aussi bien les amateurs que les professionnels, qui les utilisent pour créer des maquettes ou tester des styles musicaux avant un enregistrement.
Les progrès sont tels qu’il devient presque impossible de distinguer une chanson humaine d’une chanson artificielle. Une étude Ipsos commandée par Deezer montre que 97 % des auditeurs n’y arrivent pas, et la moitié d’entre eux se disent mal à l’aise face à cette indistinction.
Cette confusion est renforcée par l’émergence d’artistes virtuels à succès : Xania Monet, première chanteuse IA à entrer dans les charts américains, The Velvet Sundown, faux groupe rock ayant cumulé des millions d’écoutes, ou encore Breaking Rust, numéro 1 du classement country.
Une situation qui amène certains professionnels à prédire que les majors pourraient créer leurs propres stars virtuelles pour maximiser leurs revenus.
La multiplication des titres artificiels menace directement la rémunération des artistes humains. Le système du streaming repose sur la part de marché : plus il y a de musique disponible, plus les revenus par artiste diminuent. Selon la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs, l’IA pourrait faire perdre 24 % des revenus des créateurs d’ici 2028, soit plusieurs milliards d’euros.
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Certaines dérives commencent déjà à apparaître. Aux États-Unis, un homme a été inculpé après avoir généré des centaines de milliers de chansons par IA et gonflé artificiellement les écoutes, récoltant plus de 10 millions de dollars de royalties frauduleuses.
Les plateformes commencent timidement à réagir. Deezer impose désormais un étiquetage des contenus IA. de son coté, Spotify adopte une norme internationale obligeant les créateurs à préciser l’usage de l’IA.
Mais le front le plus explosif reste juridique. La RIAA a lancé des poursuites contre Udio et Suno, accusées d’entraîner leurs modèles sur des millions de chansons sans autorisation.
En parallèle, des négociations émergent : Universal Music a conclu un accord historique avec Udio, qui prévoit le lancement en 2026 d’une plateforme commune encadrant l’usage de l’IA.
Si l’IA menace les revenus, elle menace aussi la créativité, alertent les chercheurs : l’immense majorité des 100 000 fichiers audio mis en ligne chaque jour sont répétitifs et peu inventifs. L’IA, entraînée sur cette masse standardisée, risque d’amplifier cette uniformisation.
Pour autant, beaucoup restent convaincus qu’aucun algorithme ne peut remplacer le lien humain qui lie un artiste à son public. Mais pour combien de temps encore ?

