Une étude menée auprès de 1.191 étudiants de l’Université Abdelmalek Essaâdi à Tétouan révèle que plus d’un quart des participants présentent un risque suicidaire. Consommation de cannabis, exposition aux violences et antécédents psychiatriques familiaux figurent parmi les principaux facteurs associés.
Alors que les indicateurs de l’enseignement supérieur suivent avec précision les effectifs, les résultats académiques ou encore l’insertion professionnelle des diplômés, la santé mentale des étudiants demeure un sujet relativement peu documenté au Maroc. Une étude publiée en juin dans la revue scientifique Discover Public Health vient toutefois apporter un éclairage inédit sur cette réalité.
Réalisée auprès de 1.191 étudiants issus de six établissements de l’Université Abdelmalek Essaâdi à Tétouan, l’enquête révèle que 27 % des participants présentaient un risque suicidaire au cours des trente jours précédant leur évaluation. Les chercheurs ont utilisé la version marocaine du Mini International Neuropsychiatric Interview (M.I.N.I.), un outil de référence dans l’évaluation clinique des comportements suicidaires.
L’échantillon étudié était composé de 623 femmes et 568 hommes, âgés en moyenne de 21,69 ans. La majorité des participants étaient célibataires et résidaient en milieu urbain. Au total, 322 étudiants ont été identifiés comme présentant un risque suicidaire.
Dans le détail, 86,6 % des cas détectés relevaient d’un risque faible, caractérisé notamment par la présence d’idées suicidaires sans intention immédiate de passage à l’acte. Les situations de risque modéré représentaient 11,2 % des cas recensés. Sept étudiants ont, quant à eux, été classés dans la catégorie du risque élevé et orientés vers une prise en charge psychiatrique spécialisée.
Au-delà du constat, les chercheurs ont cherché à identifier les facteurs les plus étroitement associés à cette vulnérabilité psychologique. La consommation de cannabis apparaît comme le principal facteur de risque observé. Les étudiants consommateurs présentent une probabilité plus de quatre fois supérieure de développer des comportements ou des pensées suicidaires par rapport aux non-consommateurs.
Les auteurs avancent plusieurs explications, notamment les effets potentiels d’une consommation précoce et régulière sur certaines fonctions cérébrales, mais également le contexte social entourant l’usage de cette substance. Ils soulignent que les jeunes consommateurs peuvent être exposés à des environnements fragilisants susceptibles d’accentuer les difficultés psychologiques préexistantes.
Le célibat figure également parmi les facteurs les plus fortement associés au risque suicidaire. Selon l’étude, les étudiants non mariés présentent un risque significativement plus élevé que ceux vivant en couple. Les chercheurs estiment que le soutien affectif, social ou matériel apporté par une relation stable pourrait jouer un rôle protecteur face aux situations de détresse.
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L’enquête met aussi en lumière l’impact durable des violences subies durant l’enfance ou l’adolescence. Les étudiants ayant été exposés à des violences physiques ou sexuelles présentent un risque plus important de développer des troubles psychologiques susceptibles d’accroître leur vulnérabilité. Les auteurs rappellent que les conséquences de ces expériences peuvent persister bien au-delà de l’enfance et affecter durablement le bien-être mental à l’âge adulte.
Les antécédents familiaux de troubles psychiatriques constituent un autre facteur identifié. Les chercheurs soulignent que les jeunes issus de familles confrontées à ce type de pathologies peuvent être davantage exposés à des difficultés psychologiques, dans un contexte où les questions de santé mentale demeurent encore largement stigmatisées.
Ces résultats soulèvent également la question des capacités d’accompagnement disponibles au sein des établissements d’enseignement supérieur. Les données les plus récentes du Conseil économique, social et environnemental indiquaient qu’en 2019, le Maroc disposait de 30 centres médico-universitaires, de 27 infirmeries universitaires et d’un peu plus d’une centaine de professionnels de santé pour répondre aux besoins des étudiants.
Si les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur ont lancé un Plan d’action conjoint pour la santé universitaire couvrant la période 2022-2026, les auteurs de l’étude estiment que des efforts supplémentaires restent nécessaires. Ils plaident notamment pour la mise en place de mécanismes de dépistage réguliers et confidentiels sur les campus, le renforcement de l’accès aux services de soutien psychologique et une meilleure orientation vers les structures spécialisées lorsque des situations de vulnérabilité sont identifiées.
Pour les chercheurs, l’enjeu dépasse le cadre universitaire. Avec plus d’un million d’étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur marocain, la santé mentale apparaît désormais comme une question de santé publique à part entière, nécessitant des données actualisées, des dispositifs adaptés et une mobilisation durable des différents acteurs concernés.

