Le rapprochement entre la Russie et le Maroc se traduit par un ajustement de la diplomatie russe sur le Sahara. Le Royaume, acteur majeur en Afrique de l’Ouest, se retrouve au centre de ce repositionnement stratégique, entre sécurité, coopération et influence régionale. Ce mouvement pourrait transformer les relations russo-marocaines et renforcer le rôle du Maroc sur la scène internationale.
Le 13 octobre 2025, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a qualifié le plan d’autonomie marocain pour le Sahara de « solution crédible », à condition qu’il soit accepté par toutes les parties et supervisé par l’ONU. Cette déclaration marque un tournant dans la politique russe, historiquement proche d’Alger sur ce dossier, et illustre la reconnaissance croissante du Maroc comme partenaire fiable et structuré dans la région.
Cette évolution intervient dans un contexte géopolitique plus large, où la Russie cherche à consolider sa présence au Sahel. Après plusieurs années d’interventions indirectes via des compagnies paramilitaires, notamment le groupe Wagner, Moscou a progressivement institutionnalisé son engagement.
Au Mali, le retrait de Wagner en juin 2025 n’a pas mis fin à l’implication russe : la force baptisée « Africa Corps » reste active sous l’égide du ministère russe de la Défense. Dans les pays du trio sahélien, Mali, Burkina Faso et Niger, la Russie a multiplié rencontres diplomatiques et accords de coopération, offrant aux États sahéliens un partenaire pragmatique dans leur effort de souveraineté et de stabilisation, tout en visant un accès stratégique aux ressources locales comme l’or, l’uranium, les métaux rares…
Dans ce contexte, le Maroc se positionne comme un acteur clé pour Moscou. Ses ports et corridors atlantiques et méditerranéens offrent un accès logistique et économique aux pays du Sahel, tandis que sa diplomatie stable et son expertise en matière de coopération sécuritaire et de développement agricole font du Royaume un partenaire crédible pour les initiatives russes dans la région. Le rapprochement russo-marocain relève de la complémentarité : le Maroc fournit une base fiable et organisée, et la Russie mobilise des ressources militaires et logistiques pour le Sahel.
Pour le Maroc, cette dynamique renforce son rôle traditionnel en Afrique et lui permet de consolider sa position stratégique dans la région. D’autant plus que le Royaume jouit de bonnes relations avec ses alliés historiques, l’Europe et les États-Unis. Par ailleurs, la coordination régionale et la perception positive des États sahéliens sont essentielles pour asseoir la crédibilité de son action et renforcer son influence dans le développement et la sécurité du Sahel.
Parallèlement, l’Algérie, qui voyait le Sahel comme son arrière-cour stratégique, perd progressivement son influence dans la région. Sa proximité historique avec la Russie se fragilise, tandis que ses relations avec certains pays du sahel, comme le Mali, se tendent. Entre son entêtement sur la question du Sahara, le refus de la main tendue de Sa Majesté le roi Mohammed VI, son soutien continu au Polisario et son inertie diplomatique, le régime d’Alger se retrouve isolé sur la scène internationale.
Lire aussi : L’Algérie boycotte Moscou après la prise de position russe sur le Sahara
Sur cette même scène, la nouvelle posture de Moscou pourrait influencer les discussions au Conseil de sécurité de l’ONU et dans la Ligue arabe, où le Maroc joue un rôle de médiateur reconnu. La reconnaissance implicite de la crédibilité du plan d’autonomie marocain pour le Sahara s’accompagne ainsi d’une valorisation du rôle du Royaume comme partenaire stratégique de Moscou dans la région, sur les plans sécuritaire et économique.
La combinaison de ce repositionnement diplomatique sur le Sahara et de l’intérêt russe pour le Sahel confirme la place centrale du Maroc dans les équilibres régionaux africains et méditerranéens. Ce rapprochement souligne l’importance de la diplomatie marocaine dans la stabilité de la région et offre au Royaume une opportunité de consolider son influence en Afrique de l’Ouest et au-delà.

