Adoptée récemment, la loi 29.24 marque une avancée majeure dans la protection de l’enfance au Maroc, avec la création d’une Agence nationale dédiée. Pour en décrypter les enjeux, les zones d’ombre encore à lever et le rôle attendu de la société civile, le212news a recueilli l’éclairage de Najat Anwar, présidente de l’Association Touche pas à mon Enfant.
le212news :
Pourquoi l’adoption de la loi 29.24 est-elle considérée comme une étape importante dans la protection de l’enfance au Maroc ?
Najat Anwar :
Jusqu’à présent, la protection des enfants au Maroc était répartie entre plusieurs acteurs institutionnels et associatifs, ce qui entraînait parfois un manque de coordination et de lisibilité. La loi 29.24 vient répondre à cette problématique en instaurant un cadre unique et structuré, à travers la création d’une Agence nationale chargée de coordonner l’ensemble des actions liées à la protection de l’enfance.
Cette Agence aura pour mission de suivre la situation des enfants en situation de vulnérabilité, de superviser les centres de protection de l’enfance et de contrôler les établissements de protection sociale. Elle met également l’accent sur la prévention, afin d’intervenir en amont et d’éviter que certaines situations ne se détériorent.
le212news :
Pourquoi dit-on que certains aspects de la loi restent encore à préciser ?
Najat Anwar :
Parce que la loi pose essentiellement les grands principes, mais renvoie les modalités pratiques à des textes d’application qui devront être adoptés ultérieurement. Il est donc crucial de clarifier rapidement le fonctionnement concret de l’Agence : qui prendra les décisions, comment seront définies les responsabilités, quels seront les mécanismes de coordination avec la justice et les autres administrations, et quels moyens humains et financiers seront mobilisés.
Sans ces précisions, il existe un réel risque que la loi reste théorique et que son impact sur la vie des enfants concernés soit limité.
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le212news :
L’indépendance de l’Agence est souvent mise en avant. Pourquoi est-elle si déterminante ?
Najat Anwar :
La protection des enfants implique souvent des décisions urgentes et délicates, notamment dans des situations de violence, d’abandon ou d’exploitation. Si l’Agence ne dispose pas d’une véritable indépendance dans ses décisions et ses moyens d’action, elle pourrait être soumise à des contraintes administratives ou à des pressions extérieures.
Or, l’intérêt supérieur de l’enfant doit toujours primer. Une Agence indépendante est mieux à même d’agir avec efficacité, responsabilité et neutralité, en plaçant la protection de l’enfant au cœur de toutes ses interventions.
le212news :
Quel rôle la société civile peut-elle jouer dans la mise en œuvre de cette loi ? Et plus particulièrement votre organisation, Matqich Waldi ?
Najat Anwar :
La société civile est au plus près du terrain. Elle connaît les réalités vécues par les enfants et les familles, parfois bien avant que les institutions n’en soient informées. À ce titre, l’Association Touche pas à mon Enfant – Matqich Waldi peut jouer un rôle central, notamment en signalant les situations à risque, en partageant son expertise et en accompagnant les enfants et leurs familles.
Nous appelons à un véritable partenariat avec la future Agence nationale, dans lequel la société civile serait reconnue comme un acteur à part entière. La protection de l’enfance est une responsabilité collective, qui nécessite la mobilisation coordonnée des institutions publiques, des associations et de l’ensemble de la société.

