L’adoption par la Chambre des conseillers du projet de loi n°29.24 marque un tournant dans la politique publique de protection de l’enfance. Avec la création de l’Agence nationale de protection de l’enfance (ANPE) et la réorganisation des centres spécialisés, l’État ambitionne de moderniser un secteur longtemps fragmenté. Mais au-delà du cadre institutionnel, quels changements concrets cette réforme introduit-elle sur le terrain ?
Jusqu’à présent, la protection de l’enfance reposait sur plusieurs intervenants institutionnels, souvent confrontés à des problèmes de coordination et de chevauchement des compétences. La création de l’ANPE vise à mettre fin à cette dispersion en instaurant un acteur national unique chargé du pilotage, de la coordination et de la mise en œuvre des politiques publiques en la matière.
Cette centralisation doit permettre une meilleure cohérence des actions, une planification plus efficace et une réponse plus rapide aux situations d’urgence impliquant des enfants en danger.
L’un des changements majeurs concerne la gouvernance des centres de protection de l’enfance. Désormais, l’ANPE exercera une tutelle directe sur ces structures. Concrètement, cela signifie un encadrement renforcé de leur fonctionnement, une harmonisation des normes d’accueil et une amélioration du suivi des enfants pris en charge.
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L’objectif affiché est de réduire les disparités entre régions et de garantir un niveau de qualité comparable sur l’ensemble du territoire national.
La loi introduit également une nouvelle organisation interne des centres à travers deux régimes distincts. Le régime fermé, destiné aux situations les plus sensibles, notamment les mineurs en conflit avec la loi ou exposés à des risques élevés. Il prévoit un encadrement strict et un accompagnement éducatif et social renforcé. Le régime ouvert, quant à lui, est orienté vers la réinsertion sociale et permet aux pensionnaires de participer à des activités éducatives, de formation et d’intégration, à l’intérieur comme à l’extérieur des centres.
Cette différenciation vise à adapter la prise en charge aux besoins réels de chaque enfant, plutôt que d’appliquer un modèle uniforme.
Autre nouveauté importante, l’ANPE se voit confier la mission d’autoriser, de suivre et de contrôler les établissements de protection sociale pour enfants. Cette mesure vise à instaurer des standards nationaux de qualité, à renforcer la transparence et à prévenir les dysfonctionnements ou les abus.
Elle permettra également une évaluation plus rigoureuse des dispositifs existants et une meilleure protection des droits des enfants accueillis dans ces structures.
Le texte de loi définit clairement les catégories d’enfants concernés par les dispositifs de protection. Il s’agit notamment des enfants abandonnés, des mineurs en situation de vulnérabilité, des victimes de violences ou de crimes, ainsi que des enfants en conflit avec la loi ou transférés depuis les établissements pénitentiaires.
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Cette clarification juridique vise à éviter les zones d’ombre et à garantir un accès équitable aux mécanismes de prise en charge.
Enfin, la réforme entend améliorer l’utilisation des ressources humaines et matérielles du secteur. En regroupant la gestion sous une même entité, les autorités espèrent limiter les doublons, optimiser les budgets et renforcer l’efficacité des interventions publiques.
Avec cette loi, le Maroc pose les bases d’un nouveau modèle de gouvernance de la protection de l’enfance, axé sur la coordination institutionnelle, la qualité des services et la protection durable des droits des enfants. La réussite de cette réforme dépendra toutefois de sa mise en œuvre effective sur le terrain, des moyens alloués à l’ANPE et de la capacité des acteurs concernés à travailler de manière concertée.

