Le Maroc franchit un seuil démographique historique. Selon une récente analyse de l’Institut national d’études démographiques (INED), l’indice de fécondité est tombé à 1,97 enfant par femme en 2024, passant pour la première fois sous le seuil de renouvellement des générations. Une évolution portée par la généralisation de la contraception, la transformation des modèles familiaux et les mutations socio-économiques du Royaume.
Le Maroc entre dans une nouvelle phase de sa transition démographique. D’après une étude publiée par l’Institut national d’études démographiques (INED), le taux de fécondité du Royaume a atteint un niveau historiquement bas en 2024, avec une moyenne de 1,97 enfant par femme. Ce chiffre place désormais le pays sous le seuil de remplacement des générations, fixé à 2,1 enfants par femme.
Cette évolution s’inscrit dans une tendance de long terme. Contrairement à l’Algérie et à la Tunisie, qui ont connu des périodes de rebond de leur fécondité au cours des dernières décennies, le Maroc affiche une baisse continue et progressive du nombre moyen d’enfants par femme.
L’étude souligne que cette diminution ne résulte pas principalement d’un report du mariage ou de la maternité. L’âge moyen à la maternité reste relativement stable, autour de 30 ans, tandis que le pic de fécondité demeure concentré chez les femmes âgées de 25 à 29 ans. Plus surprenant encore, l’âge moyen des femmes au premier mariage a légèrement diminué au cours des vingt dernières années, passant de 26,3 ans en 2004 à 24,6 ans en 2024.
L’un des principaux facteurs expliquant cette baisse est l’essor de la contraception. En trois décennies, la proportion de femmes mariées utilisant une méthode contraceptive est passée d’environ 40 % à 70 %. Les méthodes modernes, telles que la pilule, le stérilet, les contraceptifs injectables ou encore les implants, connaissent une progression particulièrement marquée. Selon les chercheurs, cette maîtrise accrue des naissances rapproche le Maroc de trajectoires observées dans certains pays comme l’Iran ou l’Égypte, où la diffusion rapide de la contraception a entraîné une chute importante de la fécondité.
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Au-delà des facteurs démographiques, cette transformation reflète également les mutations économiques et sociales du pays. Le coût croissant de l’éducation, du logement et de la vie quotidienne, ainsi que les difficultés d’insertion professionnelle, notamment pour les jeunes diplômés, influencent davantage les choix des ménages. Les couples privilégient désormais une parentalité plus planifiée et adaptée à leurs capacités financières et à leurs perspectives d’avenir.
L’étude met également en lumière les défis persistants liés à l’emploi féminin. Si le taux d’activité des femmes progresse jusqu’à la fin de la vingtaine, il tend ensuite à reculer à partir de 30 ans, période correspondant souvent à l’arrivée des enfants et à l’intensification des responsabilités familiales.
Cette baisse durable de la fécondité aura des conséquences importantes sur la structure démographique du Royaume. Les personnes âgées représentent déjà 13,8 % de la population marocaine en 2024. Avec la diminution des naissances, le vieillissement de la population devrait s’accélérer dans les prochaines années, posant de nouveaux défis en matière de santé, de retraites, d’emploi et de protection sociale.
Pour les démographes, le Maroc est ainsi engagé dans une transformation profonde de son modèle familial et démographique, qui redessinera progressivement l’équilibre de sa population au cours des prochaines décennies.

