Avec un effort d’investissement public porté à 380 milliards de dirhams en 2026, le Projet de Loi de Finances est désormais pleinement entré dans sa phase de mise en œuvre au 1er janvier 2026, après son adoption et sa publication au Bulletin officiel.
L’enjeu n’est plus seulement d’en mesurer l’ampleur budgétaire, mais de comprendre comment ces 380 MMDH sont mobilisés pour repositionner le social et les territoires au cœur de la dynamique de croissance. À travers cette architecture, le PLF 2026 ambitionne de faire de l’investissement public un outil de transformation structurelle et de réduction des déséquilibres territoriaux.
Selon la note de présentation du PLF 2026, cette enveloppe globale agrège les programmes d’investissement des Établissements et Entreprises publics, les crédits d’investissement du Budget général de l’État, ceux des Comptes spéciaux du Trésor et des SEGMA, les budgets d’investissement des collectivités territoriales ainsi que l’apport du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement.
Les seuls crédits de paiement d’investissement de l’État atteignent 136,11 milliards de dirhams, portant à près de 228,61 MMDH les crédits effectivement mis à la disposition des administrations publiques. Cette configuration confirme le rôle central de la commande publique, notamment dans le soutien à la demande intérieure et à l’activité économique.
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Un investissement pensé comme levier territorial
Au-delà des volumes, le PLF 2026 s’inscrit dans une trajectoire macroéconomique visant à porter le taux d’investissement à environ 32,2% du PIB. La croissance attendue pour 2026 est estimée autour de 4,5%, dans une fourchette proche de 5% selon les projections officielles et celles du HCP, portée par l’investissement, l’agriculture et la consommation intérieure.
Cette montée en puissance s’inscrit dans la continuité de la trajectoire dite du “Maroc émergent”, telle que définie par les orientations stratégiques de l’État et le Nouveau Modèle de Développement. La singularité de cet exercice budgétaire tient ainsi au fait que l’investissement public n’est plus conçu uniquement comme un agrégat macroéconomique, mais comme un levier de recomposition territoriale et de cohésion sociale.
Cette orientation se traduit par une place centrale accordée au développement territorial. Le Chef du gouvernement a annoncé le lancement de plans d’action ciblant 36 centres ruraux pilotes, mobilisant une enveloppe de 2,8 milliards de dirhams, avant une extension progressive à 77 centres ruraux émergents, dans le cadre d’un programme prioritaire couvrant l’ensemble du territoire national.
L’objectif est de transformer ces centres en pôles de développement capables de retenir les populations, de valoriser les potentialités locales et de structurer des écosystèmes économiques à l’échelle régionale. Dans cette logique, les 380 MMDH ne financent pas des projets isolés, mais visent à articuler infrastructures, services de base et opportunités économiques dans une approche intégrée.
Infrastructures et social, deux piliers indissociables
Sur le terrain, cette stratégie se matérialise d’abord par un renforcement des infrastructures de base. Routes rurales, accès à l’eau potable et à l’électricité, assainissement, équipements de proximité, voirie et aménagement urbain constituent les premières manifestations concrètes de l’effort d’investissement.
Les collectivités territoriales jouent un rôle central dans ce dispositif, avec environ 22,5 milliards de dirhams d’investissements programmés en 2026, destinés à des projets de proximité ayant un impact direct sur la vie quotidienne des citoyens.
Le volet social constitue l’autre pilier structurant du PLF 2026. La santé et l’éducation occupent une place centrale dans l’allocation des crédits d’investissement. Dans le secteur de la santé, les enveloppes visent la modernisation des infrastructures hospitalières, le renforcement de l’offre de soins et l’accompagnement de la généralisation de la protection sociale.
Dans l’éducation, les investissements portent sur la réhabilitation des établissements, l’extension des capacités d’accueil et l’amélioration des conditions d’apprentissage. L’objectif affiché est de faire de cet effort budgétaire un instrument de cohésion sociale autant qu’un levier de croissance.
EEP et investissement productif, le test de la mise en œuvre
Les Établissements et Entreprises publics constituent le principal bras opérationnel de cette stratégie, avec près de 179,7 milliards de dirhams d’investissements programmés en 2026. Ces crédits se concentrent sur des secteurs jugés stratégiques pour la compétitivité et la souveraineté économique du pays, notamment l’énergie et l’électricité, les télécommunications et le numérique, l’habitat et l’aménagement urbain, l’agriculture et la valorisation des ressources hydriques, l’eau potable et l’assainissement, ainsi que l’industrie des phosphates et ses dérivés.
Le secteur des transports figure également parmi les priorités, avec l’accélération des infrastructures routières, ferroviaires et portuaires, incluant l’extension de la ligne à grande vitesse sur l’axe Kénitra–Marrakech et le développement de réseaux express régionaux.
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Le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement complète ce dispositif en jouant un rôle de catalyseur en faveur de l’investissement productif, via des mécanismes de cofinancement et de partage des risques au profit des projets industriels, des PME, de l’innovation et des secteurs à fort potentiel exportateur.
En combinant investissements lourds dans les infrastructures stratégiques, mobilisation des EEP et montée en puissance de l’action des collectivités territoriales, le PLF 2026 marque une nouvelle étape dans la territorialisation des politiques publiques. Les 380 milliards de dirhams apparaissent comme un test grandeur nature de la capacité des acteurs publics à absorber les crédits, à coordonner leurs interventions et à traduire les budgets votés en projets visibles et mesurables sur le terrain.
Le pari du gouvernement est que cette vague d’investissements permette de réduire durablement les disparités régionales et d’ancrer la croissance dans une logique plus inclusive et plus équilibrée entre les territoires, un objectif dont la concrétisation dépendra largement de la qualité de la gouvernance et de la continuité de l’effort dans les années à venir.

