À Marrakech, la 14ᵉ édition de la Zahria célèbre bien plus qu’une tradition ancestrale : elle incarne un patrimoine vivant en pleine renaissance, entre transmission culturelle, innovation territoriale et ambition d’inscription au patrimoine immatériel de l’UNESCO.
Depuis le 22 mars et jusqu’au 12 avril, Marrakech vit au rythme de la Zahria, le moussem de la fleur d’oranger, qui s’impose cette année comme un véritable manifeste en faveur du patrimoine immatériel. Portée par l’association Al Muniya, cette 14ᵉ édition s’inscrit dans un contexte singulier marqué par un renouveau naturel exceptionnel, après un hiver généreux dans la région d’Al Haouz. Les bigaradiers en fleurs offrent ainsi un décor symbolique fort, entre mémoire, transmission et renaissance.
Au-delà de son ancrage traditionnel, la Zahria s’affirme aujourd’hui comme un événement culturel structurant. Longtemps portée par les femmes de Marrakech, la distillation de la fleur d’oranger dépasse désormais le cadre du rituel pour devenir un levier de valorisation patrimoniale à l’échelle internationale. Déjà inscrite au patrimoine culturel du monde islamique de l’ICESCO, cette tradition nourrit désormais une ambition claire : rejoindre la liste du patrimoine immatériel de l’humanité de l’UNESCO.
Cette édition marque également un tournant institutionnel. Un colloque consacré à la loi 33-22 sur la protection du patrimoine a mis en lumière une évolution majeure dans la gouvernance culturelle, désormais partagée entre acteurs publics, privés et société civile. Dans cette dynamique, un comité d’experts sera lancé pour préserver l’habitat traditionnel de la médina, confirmant la volonté d’inscrire le patrimoine dans une vision durable.
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Autre nouveauté notable, la Zahria élargit son empreinte au-delà de la médina. Universités, établissements d’enseignement et territoires ruraux accueillent désormais ateliers, conférences et expériences immersives, traduisant une approche plus inclusive et territoriale de la culture. Cette ouverture renforce le rôle du moussem comme espace de transmission, mais aussi comme plateforme d’innovation culturelle.
Au cœur de cette programmation, les moments artistiques et symboliques occupent une place centrale. Une soirée dédiée à la distillation traditionnelle (Taqtar Zhar), organisée dans un riad, a notamment illustré la richesse de ce patrimoine. Entre musique andalouse, cortège cérémonial et atmosphère intimiste, l’événement a su recréer l’esprit des maisons d’antan, tout en sensibilisant les nouvelles générations à l’importance de préserver ces pratiques.
Durant plus de trois semaines, la ville accueille ainsi une multitude d’activités mêlant artisanat, musique, littérature et savoir-faire. Des lieux emblématiques comme Dar Cherifa, les Jardins de la Médina ou encore la place Jemaa el-Fna deviennent les scènes d’une célébration plurielle, où tradition et création dialoguent en permanence.
À travers cette édition 2026, Marrakech confirme son statut de capitale du patrimoine vivant. La Zahria dépasse désormais le simple cadre festif pour s’imposer comme un modèle de valorisation culturelle, capable de conjuguer identité, innovation et rayonnement international. Une dynamique qui inscrit la fleur d’oranger bien au-delà de son parfum : dans une vision stratégique du développement culturel et territorial.

