Malgré une croissance économique soutenue et une baisse de la pauvreté au niveau national, les écarts entre les territoires marocains demeurent marqués. Un récent rapport du Centre de prospective économique et sociale met en lumière la concentration de la richesse dans quelques grands pôles urbains, tandis que de nombreuses régions rurales continuent de faire face à des déficits en matière d’éducation, de santé, d’emploi et d’infrastructures.
Le Maroc poursuit sa dynamique de création de richesse, mais celle-ci reste fortement concentrée dans un nombre limité de régions. Selon le Centre de prospective économique et sociale, trois régions seulement — Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma — génèrent à elles seules 58,5 % du produit intérieur brut national.
Casablanca-Settat demeure le principal moteur économique du Royaume, avec plus de 32 % de la richesse nationale produite sur son territoire. Cette concentration traduit le poids économique des grands centres urbains, qui continuent d’attirer l’essentiel des investissements publics et privés, des infrastructures stratégiques et des activités à forte valeur ajoutée.
À l’inverse, plusieurs régions rurales et montagneuses peinent encore à bénéficier pleinement de cette dynamique économique, faute de projets structurants capables de stimuler leur développement.
Une pauvreté qui reste majoritairement rurale
Si le Maroc a enregistré des progrès notables dans la lutte contre la pauvreté, les disparités territoriales restent profondes. Le taux national de pauvreté multidimensionnelle est passé à 6,8 % entre 2014 et 2024, mais cette amélioration masque d’importants écarts géographiques.
Le rapport révèle que près de 72 % des personnes vivant dans la pauvreté multidimensionnelle résident en milieu rural. Dans ces territoires, le taux atteint 13,1 %, soit plus de quatre fois le niveau observé dans les zones urbaines, où il s’établit à seulement 3 %.
Cette situation illustre les difficultés persistantes rencontrées par les populations rurales pour accéder aux services de base, aux opportunités économiques et aux infrastructures essentielles.
Éducation et santé : des fractures toujours visibles
Les inégalités territoriales se manifestent également dans les secteurs de l’éducation et de la santé.
L’analphabétisme continue de toucher près d’un quart de la population marocaine, avec une prévalence plus importante dans les campagnes et parmi les femmes. Parallèlement, le décrochage scolaire demeure un défi majeur : plus de 294.000 cas d’abandon scolaire ont été recensés au cours de l’année scolaire 2022-2023, principalement dans les zones rurales et les territoires marginalisés.
Le secteur de la santé présente des déséquilibres similaires. Les ressources médicales, les spécialistes et les infrastructures hospitalières restent largement concentrés dans l’axe Casablanca-Rabat. Plusieurs régions éloignées continuent de souffrir d’un déficit de professionnels de santé et d’équipements, compliquant l’accès aux soins pour une partie importante de la population.
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Un développement à deux vitesses
Pour les auteurs du rapport, ces indicateurs confirment l’existence d’un modèle de développement évoluant à deux rythmes. D’un côté, les grandes métropoles bénéficient pleinement de la croissance économique, des investissements et de la modernisation des infrastructures. De l’autre, de nombreux territoires continuent d’accumuler des retards en matière de développement humain et social.
Les écarts ne concernent plus seulement les revenus ou l’activité économique. Ils touchent également l’éducation, la santé, l’emploi, la mobilité et l’accès aux services publics, contribuant à reproduire les inégalités selon le lieu de résidence.
L’appel à une véritable justice territoriale
Face à ce constat, le Centre de prospective économique et sociale plaide pour une réorientation plus équilibrée des investissements publics et des politiques de développement.
Le rapport recommande notamment d’accorder davantage de ressources aux régions les moins favorisées en s’appuyant sur des critères objectifs tels que les taux de pauvreté, de chômage, de vulnérabilité sociale ou encore les déficits en infrastructures et services essentiels.
Pour les experts, la réduction des fractures territoriales constitue désormais un enjeu central pour assurer un développement plus inclusif et garantir que les fruits de la croissance bénéficient à l’ensemble des citoyens, quel que soit leur territoire de résidence.

