Le nouveau chantier politique devrait définitivement mettre le Royaume, enfin, sur les rails du « Maroc nouveau », avec un gouvernement fort et une opposition tout aussi forte.
À Rabat, aussi bien dans les couloirs feutrés du Parlement que dans les salons et autres rencontres ramadanesques des hommes et femmes politiques, intellectuels et journalistes, une phrase revient souvent dans les conversations : « La bataille de 2026 a déjà commencé. »
Car si les élections législatives n’auront lieu que le 23 septembre 2026, donc dans un peu plus de six mois, le compte à rebours est déjà lancé. Dans les administrations, les sièges des partis politiques et même dans certaines zones rurales, la préparation du scrutin est en marche. Monsieur Tout-le-monde, jusque dans les cafés des quartiers les plus populaires, se pose déjà la question : « Je ne sais plus pour qui voter… et toi ? »
Et bonsoir les discussions interminables. Chacun y va avec ses arguments. Tout le monde décrypte, apporte des éclairages et des analyses politiques en fins observateurs des carences de la gestion de la chose publique. Somme toute, un bon signe et tant mieux pour le Maroc, avec ces discussions qui alimentent les soirées dès la rupture du jeûne.
Mais les premiers défis, difficilement surmontables, pointent déjà à l’horizon. Toujours les mêmes. Une importante tranche d’âge de la population pourrait manquer à l’appel le jour J pour de multiples raisons, dont principalement l’inactivité des jeunes, un taux de chômage toujours inquiétant, l’insuffisance de leur encadrement par les partis politiques et une érosion évidente de leur confiance en l’avenir. En 2025, le taux de chômage au Maroc s’est établi à 13 % au niveau national.
Regardons de plus près les chiffres. Pour la tranche d’âge 18-24 ans, cette catégorie spécifique est estimée à environ 3,76 millions de personnes. Si l’on inclut les jeunes de 25 ans, selon la structure par âge du Haut-Commissariat au Plan (HCP), la population totale des 18-25 ans s’élève à environ 4,3 millions de personnes. Bien que cette population soit massive, son poids réel dans le corps électoral reste limité par le taux d’inscription. Seuls environ 3 % des jeunes de 18 à 25 ans étaient inscrits sur les listes électorales lors des précédentes élections.
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Ces très jeunes Marocains ont souvent la tête ailleurs. Ils font face aux défis de la formation et de l’insertion professionnelle, avec 25,2 % des 15-24 ans inactifs. Il faudrait donc à la fois une intelligence collective et un changement de mentalité des partis politiques pour les inciter à s’inscrire dans l’acte citoyen du vote.
Derrière l’acte simple du vote se cache en réalité toute une mécanique politique et administrative complexe : réformes juridiques, négociations entre partis politiques, révision des listes électorales, débats sur le découpage des circonscriptions et stratégies d’alliances. Pour comprendre ce qui se prépare réellement, il suffit de jeter un bref coup d’œil sur ce qui ressort de certains documents officiels et de témoignages d’acteurs politiques.
La date est désormais fixée : les Marocains iront voter le 23 septembre 2026 pour élire leurs représentants à la Chambre des représentants. Ce scrutin permettra de renouveler les 395 députés qui siègent au Parlement. La campagne électorale devrait se dérouler sur une période relativement courte, du 10 au 22 septembre, comme le prévoit le calendrier arrêté par le gouvernement. Mais pour les partis politiques, la véritable campagne a déjà commencé. Car ces élections détermineront non seulement la composition du futur Parlement, mais aussi l’équilibre politique qui donnera naissance à la prochaine majorité gouvernementale et au futur gouvernement.

D’ici là, une première bataille féroce se joue autour des règles du jeu électoral. Dans son discours du Trône de juillet 2025, Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait appelé à finaliser la réforme du Code électoral afin de préparer sereinement les élections de 2026. Le souverain avait notamment insisté sur la nécessité de préparer le Code général des élections à la Chambre des représentants afin qu’il soit adopté et porté à la connaissance générale avant la fin de l’année 2025. Dans ce cadre, le Roi avait donné ses Hautes Directives au ministre de l’Intérieur pour que le prochain scrutin législatif fasse l’objet d’une préparation judicieuse et que des consultations politiques soient ouvertes avec les différents acteurs.
Depuis, le ministère de l’Intérieur a multiplié les réunions avec les partis politiques. Autour de la table, les discussions étaient parfois techniques, mais toujours très politiques. Plusieurs points ont cristallisé les débats. Le mode de scrutin constitue l’un des principaux sujets. Le Maroc utilise aujourd’hui un scrutin proportionnel par listes avec un quotient électoral calculé sur la base du nombre d’inscrits. Certains partis estiment que ce système favorise la dispersion des sièges entre de nombreuses formations politiques et plaident pour des ajustements permettant de dégager des majorités plus stables.
La question du financement des campagnes électorales constitue également un sujet sensible. Plusieurs formations politiques réclament un contrôle plus strict des dépenses afin de limiter l’influence de l’argent dans la compétition électorale. Il y a également la question du seuil électoral, c’est-à-dire le seuil minimum pour obtenir un siège. Certains souhaitent le relever afin de réduire la fragmentation du Parlement. Comme le résume un responsable d’un parti d’opposition : « Les élections se gagnent dans les urnes… mais elles se préparent souvent dans les textes de loi. »
Il existe enfin cette bataille silencieuse du découpage électoral, probablement le sujet le plus sensible et paradoxalement le moins visible pour l’opinion publique. Le découpage des circonscriptions détermine le nombre de sièges attribués à chaque région et à chaque province. En clair, il influence directement les équilibres politiques du futur Parlement. Avec les évolutions démographiques, certaines régions ont vu leur population augmenter fortement, ce qui relance le débat sur une possible révision de la carte électorale.
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Pendant que les partis débattent de la loi électorale, un autre travail se déroule plus discrètement : la mise à jour des listes électorales. Les commissions administratives ont examiné les nouvelles inscriptions, les demandes de transfert et les radiations. Selon les chiffres provisoires, 16,5 millions de Marocains sont inscrits sur les listes électorales, dont 54 % d’hommes et 46 % de femmes. Cette révision annuelle de 2026 a permis d’intégrer de nouveaux électeurs tout en compensant le retrait d’environ 1,4 million de personnes radiées pour cause de décès ou d’incapacité électorale.
Pour encourager la participation des jeunes, les autorités ont également ouvert une période exceptionnelle d’inscription de trente jours, en particulier pour récupérer les plus jeunes de la population en âge de voter. Lors des élections de 2021, le Haut-Commissariat au Plan avait identifié environ trois millions de primo-votants potentiels, soit environ 11,9 % de la population en âge de voter. Un volume similaire est attendu pour le scrutin législatif de septembre prochain en raison de la pyramide des âges au Maroc.
Au-delà des règles électorales et des stratégies politiques, une question centrale demeure : les citoyens participeront-ils plus ou moins massivement au scrutin ? Lors des élections de 2021, le taux de participation avait atteint environ 50 %. Un niveau jugé honorable, mais encore insuffisant pour certains observateurs et acteurs de la vie politique.
Plusieurs facteurs expliquent l’abstention, notamment la méfiance envers les partis politiques, le sentiment d’éloignement entre élus et citoyens et la faible mobilisation des jeunes électeurs. J’enseigne le journalisme depuis de nombreuses années et je constate que beaucoup de jeunes étudiants pensent que leur vote ne change rien. Il faut donc leur redonner confiance. Et pour leur redonner confiance, il revient aux partis politiques de ne présenter aux prochaines élections que des profils crédibles et dignes de confiance. Je n’en dirai pas plus.
Dans les partis politiques, la bataille a déjà commencé. Dans leurs sièges, l’atmosphère est déjà électrique. Les formations politiques travaillent sur plusieurs fronts : désigner leurs candidats, identifier des figures capables de mobiliser localement, qu’il s’agisse d’élus communaux, de notables ou de militants associatifs. Certaines formations souhaitent présenter davantage de jeunes candidats afin de renouveler leur image, tandis que d’autres préparent déjà des alliances.
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Dans un système politique marqué par la multiplicité des partis, les coalitions sont presque inévitables. Les alliances de demain se négocient déjà aujourd’hui, souvent loin des caméras.
Dans cette effervescence encore silencieuse, l’argent électoral demeure une autre inquiétude persistante. Malgré les progrès du cadre juridique, la question reste sensible, car elle fragilise la confiance entre le candidat, le parti politique et l’électeur. Dans certaines zones rurales, des militants évoquent encore des pratiques de clientélisme, telles que la distribution d’argent, les promesses d’emploi ou encore les aides sociales en période électorale.
Les autorités promettent un renforcement des contrôles et des sanctions. La loi organique 53.25, validée par la Cour constitutionnelle en décembre 2025, durcit notamment les conditions d’éligibilité afin d’écarter les personnes condamnées ou poursuivies pour des infractions graves. De nouvelles dispositions visent également à lutter contre la corruption électorale et la désinformation.
Les élections législatives de 2026 ne se déroulent pas dans un contexte ordinaire. Le Maroc traverse une phase de transformation importante, marquée par de grands projets économiques, la préparation du Mondial 2030 et une recomposition géopolitique régionale.
Le futur Parlement devra accompagner ces mutations. Ces élections seront donc un moment clé qui dira beaucoup sur l’évolution du système politique marocain.
À quelques mois du scrutin, tout un pays se met progressivement en mouvement. L’administration prépare les listes électorales, les partis affûtent leurs stratégies et les candidats potentiels commencent à se positionner.
Dans les salons politiques comme dans les cafés, une même question circule avec persistance : qui remportera la bataille des législatives de 2026 ?
La réponse appartiendra, en dernier ressort, aux électeurs. Et surtout à leur volonté de se rendre aux urnes.

