Le conflit entre les avocats et le ministère de la Justice s’enlise. Réunis au sein de l’Association des barreaux du Maroc, les professionnels du secteur ont décidé de prolonger leur mouvement de grève pour une durée indéterminée. En cause : leur rejet persistant du projet de loi n°66.23 encadrant la profession d’avocat et les récentes déclarations du ministre Abdellatif Ouahbi, jugées « provocatrices » par les barreaux.
Le bras de fer entre les avocats et le ministère de la Justice franchit une nouvelle étape. Initialement prévue du 15 au 21 juin, la grève nationale des avocats a été prolongée « jusqu’à nouvel ordre », selon une décision annoncée par l’Association des barreaux du Maroc.
Cette prolongation traduit l’échec des tentatives de rapprochement engagées ces dernières semaines et confirme la profondeur du désaccord qui oppose les représentants de la profession au département dirigé par Abdellatif Ouahbi.
Au centre de la contestation figure le projet de loi n°66.23 relatif à l’organisation de la profession d’avocat. Bien qu’il ait déjà été adopté en première lecture par la Chambre des représentants, le texte continue de susciter une forte opposition des barreaux, qui estiment qu’il remet en cause plusieurs garanties fondamentales liées à l’indépendance de la profession.
Les avocats dénoncent notamment un renforcement du contrôle administratif et institutionnel sur leur activité, au détriment de leur capacité d’autorégulation. Plusieurs dispositions relatives aux procédures disciplinaires suscitent également des inquiétudes, certains professionnels craignant qu’elles ne fragilisent l’exercice libre de la défense et les droits des justiciables.
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Les tensions se sont accentuées ces derniers jours après des déclarations attribuées au ministre de la Justice concernant de supposés abus dans le recours à l’assistance judiciaire accordée aux citoyens aux revenus modestes. Ces propos ont été vivement critiqués par les représentants de la profession, qui les considèrent comme une remise en cause du rôle des avocats et une source supplémentaire de crispation.
Pourtant, une médiation menée par le Chef du gouvernement avait laissé entrevoir la possibilité d’un compromis avant l’examen du texte par la Chambre des conseillers. Les discussions n’ont toutefois pas permis de rapprocher les positions, conduisant les barreaux à maintenir leur mobilisation et à durcir leur mouvement.
Cette situation continue d’avoir des répercussions sur le fonctionnement de la justice. Dans plusieurs juridictions du Royaume, audiences et procédures demeurent perturbées en raison de l’absence des avocats, tandis que les débats parlementaires autour du projet de loi se poursuivent.
À ce stade, aucun calendrier n’a été fixé pour une reprise des négociations ou pour une suspension du mouvement. Le dossier reste donc ouvert, alors que les deux parties semblent plus éloignées que jamais d’un terrain d’entente.

