Le Maroc prépare une nouvelle émission de sukuk d’ici fin 2025, sept ans après sa première opération sur ce marché. Une initiative stratégique pour soutenir la finance participative et mobiliser des financements alternatifs en vue des grands projets liés à la Coupe du monde 2030.
Le Maroc s’apprête à revenir sur le marché des sukuk, ces obligations islamiques compatibles avec la charia, avec une émission prévue avant la fin de l’année 2025. C’est ce qu’a confirmé Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib, en marge du 23ᵉ Forum sur la stabilité financière islamique tenu récemment à Rabat. Cette opération serait la première depuis 2018, date à laquelle le Royaume avait lancé sa toute première émission souveraine de sukuk de type Ijara, d’un montant de 1 milliard de dirhams, arrivée à échéance en 2023.
Ce nouveau projet s’inscrit dans une volonté de structurer davantage la finance participative, introduite officiellement en 2017, mais qui ne représente encore qu’environ 2 % des actifs bancaires. Malgré cette part encore modeste, le secteur affiche une croissance soutenue — +27,6 % entre 2019 et 2024 —, témoignant d’un intérêt croissant de la part du marché, mais freiné par un déficit de liquidité et des lenteurs administratives et réglementaires.
Selon le wali de Bank Al-Maghrib, les discussions pour cette émission sont en cours entre la banque centrale, le ministère des Finances et le Conseil supérieur des oulémas. Ce dernier devra valider la conformité du montage financier à la charia, condition indispensable pour son lancement. L’option d’une émission en dirhams ou en devise étrangère reste également à l’étude. Le montant évoqué serait de l’ordre de 1 milliard de dirhams, similaire à celui de 2018.
L’objectif affiché de cette initiative est double : répondre au besoin urgent de liquidité des banques participatives marocaines — dont l’encours de financements atteint environ 35 milliards de dirhams, contre seulement 12 milliards de dépôts —, et créer les bases d’un marché national structuré de sukuk. Une telle plateforme pourrait séduire des investisseurs institutionnels, notamment des pays du Golfe et des marchés spécialisés dans la finance islamique.
Ce retour des sukuk intervient dans un contexte particulier, celui des préparatifs pour la Coupe du monde 2030, que le Maroc coorganise avec l’Espagne et le Portugal. Les autorités voient dans la finance participative un levier complémentaire pour financer des projets structurants liés aux infrastructures, à la transition énergétique ou à l’aménagement urbain. Le Royaume cherche ainsi à diversifier ses sources de financement en mobilisant des capitaux en accord avec les principes de la finance éthique.
Abdellatif Jouahri a conclu en soulignant que, bien que le Maroc soit encore un “jeune acteur” dans le domaine de la finance islamique, les progrès réalisés depuis 2017 posent les fondations solides d’une dynamique appelée à se renforcer. Le développement du marché des sukuk s’inscrit donc dans une vision à long terme, tournée vers l’attractivité des capitaux internationaux et le renforcement de l’inclusion financière à l’échelle nationale.

