L’Initiative Imal pour le Climat et le Développement, premier think tank climatique indépendant d’Afrique du Nord, a présenté jeudi 30 octobre à Rabat son nouveau rapport intitulé « Le potentiel des systèmes énergétiques renouvelables décentralisés au Maroc ». Cette étude inédite met en lumière la capacité du Royaume à produire jusqu’à 66,8 térawattheures (TWh) d’électricité solaire d’ici 2035 grâce à l’exploitation du photovoltaïque sur les toitures.
Publié en octobre 2025, le rapport intitulé Le potentiel des systèmes énergétiques renouvelables décentralisés au Maroc constitue la première analyse approfondie consacrée au solaire sur toiture à l’échelle nationale. Fondée sur des données officielles du Haut-Commissariat au Plan et des modèles d’estimation, l’étude évalue le potentiel de production dans les douze régions du pays.
Dans son scénario optimiste, le Maroc pourrait produire 66,8 TWh d’électricité grâce à une capacité installée de 28,6 GW, générant un marché économique évalué à 31 milliards de dollars et évitant 48 millions de tonnes de CO₂. Le scénario médian estime 40,1 TWh pour 17,2 GW de capacité, tandis que le scénario prudent anticipe 20 TWh pour 8,6 GW installés.
Le rapport met en avant un changement de paradigme où chaque citoyen pourrait devenir un acteur clé de la transition énergétique. Grâce à la combinaison du solaire photovoltaïque, du stockage, de la mobilité électrique et des technologies numériques, le consommateur marocain pourrait évoluer vers un modèle de « prosumer », à la fois producteur et consommateur d’énergie. Chaque bâtiment – maison, école, entreprise ou ferme – pourrait ainsi contribuer à la stabilité du réseau national tout en réduisant la dépendance aux énergies fossiles importées.
L’étude intègre également la dimension de la mobilité électrique. À l’horizon 2035, le Maroc pourrait compter environ 2,5 millions de véhicules électriques. Ce parc représenterait une capacité de stockage mobile estimée à 39 420 GWh, soit près de 91 % de la demande électrique nationale prévue. Grâce à la technologie de recharge bidirectionnelle (Vehicle-to-Grid), ces véhicules pourraient restituer l’énergie stockée au réseau lors des pics de consommation, consolidant ainsi la souveraineté énergétique du pays.
Sur le plan socioéconomique, le développement des systèmes énergétiques renouvelables décentralisés pourrait générer entre 13 000 et 43 000 emplois selon les scénarios étudiés. Entre 2011 et 2023, les ménages et les entreprises marocaines ont déjà investi plus de 3,36 milliards de dirhams pour installer environ 336 MWc de capacité solaire décentralisée. Le secteur connaît une croissance réelle mais reste freiné par l’absence d’un registre national des installations.
Pour libérer pleinement ce potentiel, l’Initiative Imal appelle à une accélération de la mise en œuvre de la loi 82-21 sur l’autoproduction d’énergie, à un investissement massif dans les réseaux électriques intelligents et dans le stockage, ainsi qu’à la création d’un Fonds national d’intégration des systèmes énergétiques décentralisés destiné à soutenir les ménages et les PME.
Le rapport recommande également d’intégrer des normes vertes dans les nouveaux codes du bâtiment, de développer une plateforme « V2X Maroc » pour connecter les véhicules, les bâtiments et le réseau, et de renforcer la gouvernance énergétique à travers une meilleure coordination institutionnelle.
Selon l’Initiative Imal, la production décentralisée représente un levier stratégique pour concrétiser la vision du Nouveau Modèle de Développement. En misant sur les technologies vertes, la digitalisation et la participation citoyenne, le Maroc peut faire de son réseau énergétique un pilier de compétitivité et d’indépendance. Le pays se positionne ainsi comme un exemple régional d’innovation et de durabilité, à l’avant-garde d’une révolution énergétique décentralisée au service de son avenir.

