Dans sa Revue de la performance du portefeuille-pays 2025, la Banque africaine de développement (BAD) dresse le bilan d’un partenariat solide avec le Maroc, marqué par un portefeuille conséquent, sans projets à risque, mais encore freiné par des lenteurs d’exécution et des défis sociaux persistants.
La Banque africaine de développement (BAD) vient de publier sa Revue de la performance du portefeuille-pays 2025 consacrée au Maroc, un document de référence qui évalue à la fois la qualité des opérations financées, leur alignement stratégique et leur efficacité opérationnelle. Le constat est globalement positif : le Royaume dispose d’équilibres macroéconomiques maîtrisés et d’un partenariat structurant avec l’institution panafricaine, même si des fragilités persistent au niveau social et dans la mise en œuvre de certains projets.
Au 2 septembre 2025, le portefeuille actif de la BAD au Maroc comprend 36 opérations pour un engagement total de 2,75 milliards d’unités de compte, soit plus de 3,76 milliards de dollars. Ce portefeuille couvre huit secteurs, dominés par les infrastructures qui concentrent 61 % des engagements, et reste étroitement aligné sur les priorités nationales ainsi que sur le Document de stratégie pays (DSP) 2024-2029 de la Banque. Fait notable, aucun projet n’est classé à risque, traduisant une bonne qualité globale des opérations financées.
Ce bilan s’inscrit dans un contexte macroéconomique que la BAD qualifie de globalement stable. La croissance de 3,8 % enregistrée en 2024, la trajectoire de consolidation budgétaire et l’ampleur des investissements liés à l’organisation de la CAN 2025 et à la Coupe du monde 2030 offrent un environnement favorable aux interventions de la Banque. Cette stabilité coexiste toutefois avec des tensions sociales marquées, illustrées par un taux de chômage de 13,3 %, touchant particulièrement les jeunes, les femmes et les diplômés, ce qui renforce l’exigence d’une croissance plus inclusive.
Sur le plan stratégique, la mise en œuvre du DSP affiche des résultats jugés satisfaisants. Sur les 17 projets programmés pour la période 2024-2025, 14 ont déjà été approuvés à mi-septembre 2025, représentant plus de 80 % des prévisions initiales. Ces approbations ont permis de renforcer la synergie avec plusieurs partenaires techniques et financiers et de mobiliser plus de 848 millions d’unités de compte de cofinancements, soit près de la totalité des financements engagés par la Banque. Des assistances techniques ont également été déployées, notamment pour accompagner le Maroc dans l’élaboration d’une stratégie de partenariats public-privé pour les infrastructures sportives.
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Le rapport met en avant des résultats concrets dans plusieurs secteurs prioritaires. Dans l’enseignement supérieur, le programme « Université Mohammed VI Polytechnique 4.0 » a dépassé plusieurs objectifs en matière d’accès et de parité. Dans l’énergie, l’électrification quasi généralisée du territoire et la montée en puissance des énergies renouvelables confirment les avancées structurelles du pays. Dans le secteur de l’eau, les taux d’accès en milieu urbain et rural atteignent des niveaux proches de la généralisation, tandis que les projets de sécurisation hydrique affichent des taux de réalisation et de décaissement élevés. Les transports bénéficient également de projets structurants, contribuant à l’emploi et à la compétitivité régionale.
Malgré ces avancées, la BAD souligne plusieurs faiblesses à corriger. Environ 20 % des projets sont épinglés en raison de lenteurs de décaissement, représentant plus de 600 millions de dollars. Sept instruments sont même éligibles à l’annulation, dont la phase I du complexe solaire de Midelt, principalement en raison de retards de premier décaissement ou d’effets résiduels de la crise sanitaire. La Banque note toutefois une amélioration progressive, le taux de projets en difficulté ayant été divisé par deux entre début 2024 et septembre 2025.
Face à ces constats, la BAD recommande un renforcement des capacités de mise en œuvre, une meilleure anticipation à travers un pipeline de projets solide et mieux préparé, ainsi qu’une attention accrue aux dimensions environnementales, sociales et de gouvernance. L’opérationnalisation du nouveau Plan d’amélioration de la performance du portefeuille 2025 est présentée comme un levier clé pour accroître l’impact du partenariat.
Au final, la Banque dresse le portrait d’un Maroc disposant de fondations économiques et institutionnelles solides, capable de mobiliser des volumes importants de financements, mais dont la performance future dépendra moins de l’ampleur des engagements que de la rigueur dans leur exécution. C’est dans cet équilibre entre stabilité macroéconomique, efficacité opérationnelle et réponse aux attentes sociales que se jouera, selon la BAD, la pleine portée du partenariat stratégique avec le Royaume.

