Le bras de fer entre les avocats et le gouvernement franchit un nouveau seuil. L’Association des barreaux du Maroc a annoncé la poursuite de l’arrêt général des services professionnels, dénonçant l’absence de dialogue autour du projet de réforme de la profession. Une mobilisation qui entraîne une paralysie partielle des juridictions et pose la question de l’équilibre du système judiciaire.
La tension ne retombe pas dans le secteur judiciaire. Réunie samedi à Rabat, l’Association des barreaux du Maroc a confirmé la poursuite de l’arrêt total des prestations professionnelles des avocats « jusqu’à nouvel ordre », en réaction au maintien du projet de loi modifiant le statut de la profession sans, selon elle, concertation réelle.
Dans un communiqué publié à l’issue de cette réunion, le bureau de l’Association a salué la large adhésion à la grève entamée le 17 janvier, y voyant un signal fort de l’engagement des avocats pour la défense de l’indépendance de leur métier et de leur rôle dans le système judiciaire. Le mouvement se traduit concrètement par le boycott des audiences, la suspension du paiement des frais judiciaires et l’arrêt de l’utilisation des plateformes de contentieux à distance, provoquant de nombreux reports d’affaires et une désorganisation partielle des tribunaux.
Au cœur du différend figure le projet de loi régissant la profession d’avocat, rejeté dans sa version actuelle par les représentants du barreau, notamment en raison de certaines dispositions jugées attentatoires aux principes fondamentaux de la défense. L’Association réclame le retrait du texte et la relance d’un débat fondé sur une approche participative, respectueuse des acquis de la profession et conforme aux garanties constitutionnelles de liberté, d’indépendance et d’autorégulation.
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Les responsables du barreau affirment avoir multiplié les démarches auprès des institutions constitutionnelles et des partis politiques, de la majorité comme de l’opposition. Toutefois, ils déplorent l’absence de traduction concrète des engagements gouvernementaux annoncés en faveur de l’ouverture d’un dialogue, estimant que l’Exécutif poursuit le processus législatif sans tenir compte des objections exprimées.
L’Association insiste sur le fait que sa mobilisation dépasse une logique strictement corporatiste. Elle affirme inscrire son action dans la défense de l’intérêt général, de la protection des droits et libertés et de la qualité de la justice, considérant que l’équilibre du procès équitable repose sur une profession d’avocat indépendante et pleinement reconnue.
Dans ce contexte, plusieurs actions sont prévues. Une conférence de presse nationale se tiendra le mardi 3 février afin d’exposer en détail la position des avocats et les enjeux du dossier. Par ailleurs, un sit-in national est annoncé pour le vendredi 6 février devant le Parlement, tandis que le bureau de l’Association reste en session permanente pour suivre l’évolution de la situation.
En parallèle, l’Association a saisi le président délégué du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire afin d’examiner les mesures susceptibles de préserver les droits des justiciables durant la période de grève. Un appel qui souligne la sensibilité d’un conflit désormais placé au cœur du fonctionnement de la justice et de l’État de droit.

