Dans un contexte marqué par la montée du mouvement GenZ212 et une défiance croissante envers les institutions, Mohcine Idrissi El Bouzaidi, coordonnateur national de l’Instance Nationale de la Jeunesse et de la Démocratie (INJD), revient sur le rôle de son organisation et sur les initiatives à venir. De la collaboration avec le Médiateur du Royaume aux futurs Forums de la Gouvernance des Services Publics, il plaide pour un renouveau du dialogue entre l’État et la jeunesse marocaine, et affirme la volonté de l’INJD d’ouvrir des espaces inclusifs où la contestation se transforme en participation.
Alors que le débat sur la place des jeunes dans la vie publique s’intensifie, l’Instance Nationale de la Jeunesse et de la Démocratie (INJD) se positionne comme un acteur central du dialogue entre institutions et nouvelles générations. Créée en 2003, cette structure fédère les organisations de jeunesse des partis politiques marocains et œuvre pour renforcer la participation politique et citoyenne. Son coordonnateur général, Mohcine Idrissi El Bouzaidi, revient sur le rôle de l’INJD, sa collaboration avec le Médiateur du Royaume et les ambitions portées par ses nouveaux programmes.
Pouvez-vous présenter brièvement l’INJD, sa mission, sa composition et ses principales actions auprès des jeunes Marocains ?
L’Instance Nationale de la Jeunesse et de la Démocratie (INJD) est un espace national de coordination et de dialogue réunissant l’ensemble des organisations de jeunesse des partis politiques marocains.
Créée en 2003, parallèlement à la fondation de l’Institut National de la Jeunesse et de la Démocratie à l’initiative du ministère de la Jeunesse, elle constitue une plateforme unique de concertation et de coopération entre les différentes sensibilités politiques représentées par la jeunesse marocaine. Notre mission principale est la défense du renforcement de la participation politique des jeunes et de la consolidation des fondements démocratiques, à travers la formation, la sensibilisation et la diplomatie parallèle.
L’INJD œuvre également pour la promotion de la cause nationale et la défense de l’intégrité territoriale du Royaume. Aujourd’hui, l’Instance regroupe 16 organisations de jeunesse issues de l’ensemble du spectre politique national, majorité et opposition confondues.
Parmi nos programmes phares figurent :
Les Universités de Jeunesse pour la Formation Politique, en partenariat avec le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication.
Le programme Forums de la Gouvernance des Services Publics, mené avec l’Institution du Médiateur du Royaume, visant à instaurer une culture de transparence, de responsabilité et de bonne gouvernance, notamment dans les secteurs sensibles tels que la santé.
Ainsi que plusieurs programmes de formation développés en partenariat avec des organisations internationales.
L’INJD reste encore peu connue du grand public, notamment des jeunes non partisans. Comment comptez-vous renforcer sa visibilité et son ancrage auprès de ces jeunes ?
L’INJD est aujourd’hui pleinement reconnue comme une structure centrale dans le paysage national de la jeunesse et de la vie politique. Elle agit comme une véritable plateforme de coordination et de concertation entre les organisations de jeunesse des partis politiques, en favorisant le dialogue, la coopération et la mise en commun des initiatives.
Il convient de préciser que l’INJD n’a pas vocation à recruter directement des membres individuels. Sa mission consiste avant tout à fédérer les efforts des organisations de jeunesse, à renforcer leurs capacités et à promouvoir une vision partagée de l’engagement des jeunes dans la vie publique.
À travers ses programmes de formation, ses rencontres nationales et ses actions de plaidoyer, l’INJD œuvre à valoriser le rôle des jeunesses partisanes et à consolider leur contribution au développement démocratique du pays.
Dans cette même dynamique, nous préparons actuellement le lancement du Forum National de la Jeunesse et de l’Autonomisation Politique, une initiative inédite au Maroc, pensée pour les jeunes non affiliés à un parti politique. Ce forum a pour ambition de créer un pont entre ces jeunes et les institutions, afin de les former, les orienter et les encourager à participer activement à la vie citoyenne et politique.
Bien que l’INJD soit une instance regroupant les jeunesses partisanes, elle aspire aussi à offrir un espace ouvert à l’ensemble des jeunes Marocains convaincus des valeurs du dialogue, de la construction collective et de la démocratie.
Que retenez-vous de la récente rencontre avec le Médiateur du Royaume, et quels sont les objectifs prioritaires du programme « Forums de la Gouvernance des Services Publics » ?
Cette rencontre a marqué un tournant majeur dans la relation entre les institutions de l’État et la jeunesse organisée.
Le programme que nous lancerons officiellement à la fin de ce mois, intitulé Forums de la Gouvernance des Services Publics, vise à renforcer la culture de la transparence, de la responsabilité et à améliorer la qualité des services publics, notamment dans les secteurs les plus vitaux comme la santé.
C’est un projet national ambitieux qui cherche à impliquer les jeunes dans l’évaluation des politiques publiques et à accompagner les services publics du point de vue du citoyen plutôt que de celui de l’administration.
Un programme détaillé sera présenté à la fin du mois, avec une déclinaison régionale à travers tout le Royaume, sous forme d’ateliers, de séminaires et de rencontres ouvertes pour formuler des propositions concrètes en faveur d’une administration plus proche du citoyen.
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Pourquoi, selon vous, le Médiateur du Royaume a-t-il choisi de collaborer avec l’INJD ? Quel rôle spécifique votre instance doit-elle jouer ?
Le choix du Médiateur du Royaume s’explique par le fait que l’INJD constitue le plus vaste réseau de jeunesse organisée au Maroc, rassemblant des jeunes leaders issus de toutes les tendances politiques. Notre Instance travaille selon une approche participative, nationale et inclusive, avec une présence régionale et provinciale capable de mobiliser les jeunes sur le terrain.
Notre rôle consistera à concevoir et animer les forums régionaux, à organiser des ateliers de formation et à mobiliser la jeunesse autour des valeurs de la bonne gouvernance, afin qu’elle devienne actrice de la réforme du service public et non simple bénéficiaire.
Comment analysez-vous les manifestations du mouvement GenZ212, qui traduisent une forte défiance envers les institutions ?
Il est naturel que les jeunes expriment leurs inquiétudes. Ils sont la catégorie la plus sensible aux transformations sociales et économiques. Mais il faut distinguer la contestation pacifique et légitime, que nous respectons, de certaines dérives qui affaiblissent les revendications justes.
La génération GenZ est intelligente, créative et connectée, mais elle a besoin d’espaces sûrs et structurés pour s’exprimer, au lieu de se réfugier dans des formes de désorganisation virtuelle. C’est précisément ce que nous cherchons à offrir à travers nos programmes : transformer la colère en propositions, et l’énergie en action constructive.
Ce mouvement s’est formé en dehors des structures politiques traditionnelles. Quelle est votre lecture de cette forme de mobilisation ?
Le mouvement GenZ212 exprime avant tout une nouvelle forme d’engagement, portée par une génération qui veut participer activement au débat public, mais qui cherche des espaces plus ouverts, plus horizontaux et plus à son image. Cette dynamique n’est pas perçue par l’INJD comme une contestation des structures existantes, mais comme un signal fort adressé à l’ensemble des acteurs politiques pour repenser nos modes d’écoute et de participation.
C’est précisément dans cette perspective que nous préparons le lancement du Forum National de la Jeunesse et de l’Autonomisation Politique, une initiative inédite au Maroc, conçue pour les jeunes non affiliés à un parti politique. Ce forum a pour vocation de créer des passerelles entre ces jeunes et les institutions, de les former, les accompagner et de les encourager à s’impliquer dans la vie citoyenne et politique.
L’INJD, en tant qu’instance regroupant les organisations de jeunesse des partis politiques, travaille également à fédérer leurs efforts, à renforcer leurs capacités et à promouvoir une vision commune de l’engagement des jeunes. Nous encourageons d’ailleurs ces organisations à aller davantage vers les jeunes, à les écouter et à leur offrir des cadres d’expression adaptés à leurs aspirations.
En somme, nous ne voyons pas le mouvement GenZ212 comme une mise à distance de la politique, mais comme une invitation à la réinventer, dans un esprit de dialogue, de confiance et de responsabilité partagée.
Ce mouvement est-il, selon vous, le signe d’un échec des jeunesses partisanes et de l’INJD ?
Nous ne parlerons pas d’un échec, mais plutôt d’une transformation. GenZ212 traduit une nouvelle manière pour la jeunesse de se mobiliser et de s’exprimer, souvent de façon horizontale, immédiate et en dehors des cadres traditionnels. Plutôt que de la considérer comme une rupture radicale, il faut y voir un signal : les jeunes souhaitent être mieux écoutés, mieux formés et disposer d’espaces d’expression plus adaptés à leurs modes de vie et de communication.
Les jeunesses partisanes et l’INJD n’ont pas vocation à être dépassées ; elles doivent plutôt saisir cette dynamique pour se renouveler. Notre ambition est d’accompagner cette évolution en modernisant nos canaux d’écoute, en adaptant nos actions de formation et en multipliant les passerelles entre les jeunes et les institutions. C’est précisément l’objectif du Forum National de la Jeunesse et de l’Autonomisation Politique : offrir un espace inclusif pour les jeunes non affiliés, favoriser le dialogue et encourager une participation structurée à la vie citoyenne.
En définitive, GenZ212 n’est pas le symptôme d’un échec, mais une invitation à repenser nos méthodes et à rapprocher davantage les organisations de jeunesse des attentes réelles des nouvelles générations.
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L’INJD envisage-t-elle un dialogue ou une coopération avec les jeunes leaders de ce mouvement ?
Absolument. Nous croyons profondément que le dialogue est la seule voie vers la confiance.
L’INJD est prête à engager un échange ouvert avec les jeunes du mouvement GenZ212 et avec toutes les initiatives indépendantes, autour des grands enjeux communs : éducation, santé, emploi et gouvernance.
Nous préparons d’ailleurs le lancement de plateformes de dialogue ouvertes dans plusieurs régions, animées par des jeunes de l’INJD, et ouvertes à tous les jeunes Marocains sans exception.
Suite à votre rencontre avec le Médiateur du Royaume, quelles actions concrètes l’INJD va-t-elle entreprendre ?
Nous lancerons officiellement le Forum National sur la Gouvernance des Services Publics à la fin de ce mois, lors d’une conférence inaugurale à Rabat. Le programme couvrira l’ensemble des régions du Royaume, avec la sélection d’un chef-lieu par région, souvent celui connaissant les plus grandes difficultés de gestion du service public.
Chaque étape comportera un programme spécifique : ateliers de formation, tables rondes, rencontres avec les responsables locaux et évaluations participatives des services publics. L’objectif est de former une génération de jeunes observateurs, évaluateurs et acteurs du changement dans le domaine de la gouvernance publique.
Comment garantir que la diversité des jeunes, y compris ceux proches du mouvement GenZ212, soit représentée dans ce processus ?
En ouvrant les portes plutôt qu’en les fermant.
L’INJD reflète la diversité marocaine, politique et idéologique, et constitue de ce fait le cadre le plus approprié pour un dialogue inclusif. Nous voulons créer des espaces d’échange et de réflexion partagée, où les opinions se rencontrent au lieu de s’opposer, car la différence est une richesse démocratique, non une menace.
Quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse marocaine dans ce contexte particulier ?
Mon message est clair :
Le Maroc a besoin d’une jeunesse critique, mais constructive. Contester est un droit, mais bâtir est un devoir. Nous avons aujourd’hui l’opportunité de transformer la colère en propositions, et les divergences en énergie positive.
À travers des initiatives comme les Forums de la Gouvernance des Services Publics, nous disons à la jeunesse :
Votre voix compte, votre place est dans les institutions. Soyez une partie de la solution, pas uniquement du débat virtuel.

