Sur X et TikTok, les mêmes refrains tournent en boucle : « le Maroc achète la CAF », « Fouzi Lekjaa contrôle tout ». Des vidéos virales, montées à la va-vite, prétendent voir la main de Rabat derrière chaque décision continentale. La réalité ? Factuelle, documentée : depuis dix ans, la CAF multiplie les sanctions contre le football marocain. La chronologie est implacable. Elle démonte pièce par pièce le mythe du « contrôle de la CAF » et révèle une institution souvent inflexible, parfois même acharnée, face au Maroc.
Il suffit de scroller cinq minutes sur X pour tomber sur un thread accusateur : « Fouzi Lekjaa CAF = pouvoir absolu ». Sur TikTok, des créateurs alignent des montages sensationnalistes, jurant que le Maroc « dicte sa loi » au football africain. Boum ! Des centaines de milliers de vues. Le problème ? Ces récits ignorent volontairement une décennie de sanctions CAF contre le Maroc, noires sur blanc.
Car pendant que les rumeurs prospèrent dans les algorithmes, la Confédération africaine de football n’a cessé de taper sur les doigts des clubs et de la Fédération royale marocaine de football (FRMF). Amendes record, exclusions de compétitions, suspensions de cadres techniques : difficile d’y voir la main d’un prétendu « contrôle ».
Fouzi Lekjaa apparaît plutôt comme le dirigeant d’un football régulièrement rappelé à l’ordre par une CAF intransigeante, parfois jusqu’à la controverse. Les faits sont têtus. Et quand on déroule la chronologie, les théories du complot s’effondrent une à une.
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2015 : Le couperet tombe
Tout commence en 2015. Le Maroc demande le report de la CAN en raison de l’épidémie d’Ebola. Une demande sanitaire légitime ? Peu importe pour la CAF. La réponse tombe comme un couperet : retrait de l’organisation, exclusion des CAN 2017 et 2019, amende d’un million de dollars et près de huit millions d’euros de dommages et intérêts.
Le Tribunal arbitral du sport (TAS) réduira partiellement la sanction, mais le message est clair comme de l’eau de roche : la CAF ne tremble pas face à Rabat. Première claque. Mais pas la dernière.
2019 : Radès, ou quand le Wydad se fait déposséder d’un titre
Le scandale de Radès en 2019 constitue un nouvel exemple révélateur. Lors de la finale retour de la Ligue des champions de la CAF face à l’Espérance de Tunis, le Wydad Casablanca voit son but égalisateur refusé, sans possibilité de recours à la VAR en raison d’une défaillance technique. Le club refuse alors de reprendre le jeu en signe de protestation — une décision radicale, certes, mais compréhensible face à l’absence d’assistance vidéo à l’arbitrage.
La riposte de la CAF ? Immédiate et brutale. Le jury disciplinaire sanctionne le club casablancais d’une défaite par forfait, assortie d’une amende de 50 000 dollars pour abandon et 15 000 dollars pour fumigènes des supporters. Le TAS confirme cette décision en septembre 2020, déboutant le Wydad et le condamnant à 4 000 francs suisses de frais supplémentaires. L’Espérance est sacrée championne d’Afrique malgré les protestations marocaines.
Où est le fameux passe-droit ? Introuvable.
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2022 : Walid Regragui suspendu, la FRMF sanctionnée
En 2022, nouvel épisode tendu après la rencontre Maroc–RDC. Une altercation éclate dans le tunnel. La commission disciplinaire ne fait pas de détail : le sélectionneur Walid Regragui prend quatre matchs de suspension et 5 000 dollars d’amende. La FRMF écope de 30 000 dollars supplémentaires.
Aucune indulgence particulière. Le staff marocain plaide la disproportion, dénonce l’acharnement, mais la décision s’applique immédiatement. En appel, la CAF annulera les sanctions contre le sélectionneur mais maintiendra fermement celles visant la fédération. Message subliminal : on peut négocier sur les individus, pas sur l’institution.
2023 : Le fiasco du CHAN en Algérie
Le feuilleton du CHAN en Algérie ravive les tensions régionales. L’équipe marocaine ne peut finalement pas participer à la compétition, l’Algérie ayant refusé que le vol des Lions de l’Atlas atterrisse sur son territoire. Une violation flagrante des engagements du pays hôte.
Et la CAF ? Elle entérine dans un premier temps des matchs perdus sur le score de 3-0 pour le Maroc, une lourde sanction sportive qui pénalise directement la sélection marocaine. L’institution du football africain finira par se rétracter mais renoncera à sanctionner l’Algérie, le pays organisateur qui a pourtant bafoué ses obligations.
2025 : L’affaire des maillots de Berkane
En 2025, l’affaire Berkane–USMA ajoute une couche. La controverse prend une dimension politique lorsque les autorités algériennes saisissent les maillots du RS Berkane à l’arrivée de l’équipe, déclenchant un litige entre l’USM Alger et le club marocain.
Saisi du dossier, le Tribunal arbitral du sport juge que les maillots enfreignent les règlements de la CAF en raison de soi-disant symboles à caractère politique et annule leur approbation initiale par la confédération. Le club marocain perd sa bataille juridique, la CAF s’aligne sur la position du TAS contre Berkane.
Encore une fois, quid de « l’influence » de Lekjaa sur les institutions ? Le Maroc est sanctionné, point. Pas de traitement de faveur, pas de couloir diplomatique secret.
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2025 : La finale de la CAN, chaos et deux poids deux mesures
Puis arrive LA finale de la CAN 2025, disputée à Rabat le 18 janvier. Le match bascule dans le chaos total lorsque le Sénégal quitte volontairement la pelouse, sans l’accord du corps arbitral. Le sélectionneur Pape Thiaw provoque une interruption du match en pleine finale. Les joueurs perdent leurs repères, la tension explose, les tribunes s’enflamment. Le Sénégal revient finalement et remporte le trophée 1-0.
Les sanctions tombent quelques jours plus tard. Le sélectionneur sénégalais écope de cinq matchs et 100 000 dollars d’amende. Deux joueurs prennent deux matchs de suspension chacun. La Fédération Sénégalaise paie 615 000 dollars. Mais aucune sanction sportive collective pour l’interruption volontaire du match. Aucun forfait, aucun retrait de résultat. Le titre reste acquis.
Côté marocain : 315 000 dollars d’amende pour la FRMF, deux matchs de suspension pour Hakimi (dont un avec sursis), trois matchs et 100 000 dollars pour Saibari. Des sanctions pour des faits survenus après la sortie sénégalaise, dans un contexte déjà dégradé.
L’ironie est cinglante. En 2019 à Radès, le Wydad refuse de reprendre le jeu : défaite par forfait immédiate. En 2025 à Rabat, le Sénégal quitte la pelouse : aucun forfait, titre conservé. Même comportement, deux traitements opposés.
Où est la cohérence ? Où est le fameux « contrôle » de Lekjaa ?
Le 3 février 2026, la FRMF dépose un appel, dénonçant des peines « disproportionnées » et réclamant « un examen impartial des incidents impliquant toutes les parties ». Pourquoi cette asymétrie alors que l’acte déclencheur est venu du banc sénégalais ? Pourquoi le Wydad a été sanctionné par un forfait en 2019 pour moins grave, alors que le Sénégal conserve son titre en 2025 ?
La CAF défend une application « stricte et équitable » de son code disciplinaire. Les faits racontent une autre histoire. Une histoire d’incohérence, de géométrie variable, et de sanctions qui frappent systématiquement plus durement le Maroc.
Enterrez les fantasmes, les faits parlent
La succession ininterrompue de sanctions de la CAF à l’encontre du Maroc prouve une chose simple : la CAF agit comme une instance indépendante, parfois dure, souvent contestée, régulièrement incohérente, mais loin, très loin d’être sous tutelle marocaine.
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Fouzi Lekjaa ne « contrôle » pas. Il défend les intérêts du football marocain dans un rapport de force permanent, comme n’importe quel dirigeant d’une fédération importante le ferait. Sauf que dans son cas, il est accusé de tirer les ficelles dans l’ombre. Les faits, eux, racontent l’histoire inverse : dix ans de sanctions et d’amendes.
Le cas de la finale 2025 est particulièrement révélateur : le Sénégal quitte la pelouse et repart avec le trophée sans sanction sportive collective. Le Maroc paie l’addition la plus salée pour des incidents survenus après cette interruption. Si Lekjaa contrôlait vraiment la CAF, le scénario aurait été tout autre.
Les théories du complot prospèrent parce qu’elles sont simples, virales et qu’elles nourrissent les rivalités régionales. Reste désormais à attendre le verdict d’appel. Le terrain juridique tranchera. Pas les rumeurs et les algorithmes.

