Entre guembri, oud et afrobeats, la scène Moulay Hassan à Essaouira a vibré, vendredi soir, au rythme d’une célébration musicale plurielle, portée par une série de prestations éclectiques mêlant héritage gnaoui, voix africaines et sonorités contemporaines, dans le cadre de la 26e édition du Festival Gnaoua et Musiques du Monde.
Une soirée qui a bel et bien tenu toutes ses promesses, à commencer par une prestation puissante du maâlem Abdelkbir Merchane, figure emblématique de la tagnaouite. Accompagné de ses musiciens et danseurs, il a emporté le public dans une transe collective, enchaînant les morceaux classiques du répertoire gnaoui avec une maîtrise rituelle et une énergie intacte.
Prenant ensuite le relais, le célèbre maître du oud et alchimiste du jazz spirituel, le tunisien Dhafer Youssef a livré une performance hypnotique mêlant jazz contemporain, improvisation soufie et envolées vocales célestes. Son univers féerique a enveloppé la scène d’une atmosphère suspendue, entre spiritualité méditative et virtuosité pure.
Moment fort de la soirée, la fusion entre Dhafer Youssef et le maâlem Morad El Marjani, avec le grand mâalem Abdelkbir Merchane, pour offrir un dialogue inattendu entre le oud méditatif et les percussions gnaouies. Dans une alchimie subtile, les trois artistes ont tissé un langage commun, entre rythmes ancestraux et improvisation contemporaine, salué par de longues ovations.
S’annonçant comme un moment suspendu de la soirée, cette fusion a donné naissance à une conversation entre deux formes d’élévation, où les lignes du guembri dialoguaient avec les envolées mystiques du oud.
La voix puissante et engagée de la chanteuse malienne Rokia Koné a par la suite embrasé la scène. Portée par une instrumentation mêlant percussions mandingues et guitares électriques, Rokia a livré un show captivant, empreint de tradition et de créativité.
Dans un élan musical aussi bien envoûtant, la chanteuse et maâlema Asmaa Hamzaoui a partagé la scène avec les musiciennes maliennes Bnat Timbuktu. Cette rencontre féminine inédite a donné lieu à une fusion vibrante, mêlant le guembri de la jeune maâlema aux polyrythmies sahéliennes, dans un esprit de fraternité artistique et de partage culturel.
Accueillant cette performance avec une ferveur particulière et saluant la force symbolique de cette alliance entre femmes musiciennes issues de traditions authentiques, le public a été au rendez-vous avec une communion rare, célébrant la puissance des héritages africains au féminin.
En clôture de cette soirée haute en couleurs, l’artiste nigérian CKay, star montante de l’afrobeats, a enflammé la scène avec ses tubes planétaires. Porté par une scénographie lumineuse et une section rythmique affûtée, il a fait danser Essaouira sur des sonorités modernes, flirtant avec le R’n’B, le highlife et l’électro.
Cette diversité artistique témoigne de l’ADN du Festival Gnaoua, qui depuis ses débuts célèbre les croisements culturels, les dialogues inattendus et les ponts entre générations, genres et continents. À travers cette programmation audacieuse, Essaouira confirme son rôle de carrefour vivant de la musique mondiale.
Placée sous le Haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la 26ème édition du Festival Gnaoua et Musiques du Monde accueille, du 19 au 21 juin, des fusions musicales des quatre coins du globe dans une célébration vivante de la diversité et du dialogue culturel.

