En treize minutes de spectacle lors de la mi-temps du Super Bowl, Bad Bunny a dépassé le simple divertissement pour livrer une performance à forte portée culturelle et symbolique. Salué par une audience record mais vivement critiqué par Donald Trump, le show du chanteur portoricain révèle les profondes fractures identitaires et culturelles qui traversent aujourd’hui l’Amérique.
Dimanche 8 février, au Levi’s Stadium, Bad Bunny n’a pas seulement assuré le traditionnel spectacle de la mi-temps du Super Bowl. Devant plus de 135 millions de téléspectateurs, la star portoricaine a transformé l’événement sportif le plus regardé au monde en une tribune culturelle assumée, affirmant la place centrale de l’Amérique latine dans le récit américain contemporain.
Dès l’ouverture sur Tití Me Preguntó, la mise en scène donne le ton. Derrière l’artiste, des silhouettes masculines et féminines coupent la canne à sucre, symbole fort de l’histoire coloniale de Porto Rico et de son économie extractive. Sous des airs festifs, le tableau convoque une mémoire collective longtemps reléguée en marge du récit dominant. Chez Bad Bunny, le divertissement devient un vecteur de transmission et de réappropriation identitaire.
Sans jamais citer explicitement la politique américaine ni les tensions migratoires actuelles, la prestation s’inscrit dans un contexte régional chargé. À travers la musique, la danse et les symboles, l’artiste répond à un climat marqué par le durcissement des politiques migratoires et les débats sur l’identité nationale. Le message final est sans équivoque : l’Amérique dépasse les frontières des États-Unis. Lorsque des danseurs déploient les drapeaux d’Amérique du Nord, centrale et du Sud, Bad Bunny conclut par un « Que Dieu bénisse l’Amérique », avant d’énumérer plusieurs pays du continent, États-Unis compris. Le ballon ovale qu’il brandit, frappé du slogan « Ensemble, nous sommes l’Amérique », résume cette vision inclusive et transnationale.
Lire aussi: Super Bowl 2026 : les Seahawks battent les Patriots (29-13), Bad Bunny enflamme la mi-temps
Cette lecture n’a toutefois pas fait l’unanimité. Donald Trump a vivement attaqué la prestation, qualifiant le spectacle d’« affront à la grandeur de l’Amérique » et de « l’un des pires shows de mi-temps de tous les temps ». Le président américain a notamment dénoncé l’usage quasi exclusif de l’espagnol, langue pourtant parlée par plus de 41 millions de personnes aux États-Unis, ainsi qu’une chorégraphie jugée « répugnante », en particulier pour les enfants. Des propos qui mettent en lumière moins la performance artistique que la fracture culturelle profonde qu’elle révèle.
Malgré la polémique, l’impact du show est incontestable. La prestation de Bad Bunny a établi un record historique d’audience, avec plus de 135,4 millions de téléspectateurs, dépassant ainsi des références emblématiques comme Michael Jackson, Rihanna, Katy Perry ou encore Kendrick Lamar. Un chiffre qui consacre définitivement ce moment comme l’un des plus marquants de l’histoire du Super Bowl.
Entre célébration identitaire, contestation symbolique et succès populaire massif, Bad Bunny a inscrit sa performance bien au-delà du simple cadre musical, en faisant du Super Bowl un miroir des tensions, des aspirations et de la diversité qui façonnent l’Amérique d’aujourd’hui.

