En 2024, le Maroc a dû faire face à un service de la dette extérieure historiquement élevé, dépassant les 7 milliards de dollars, dans un contexte mondial marqué par la pire crise de la dette depuis un demi-siècle. Malgré cette pression croissante, la soutenabilité de l’endettement marocain reste considérée comme maîtrisée grâce à la solidité du revenu national brut, à des flux financiers positifs et à une gestion prudente de l’emprunt extérieur.
Selon le dernier rapport de la Banque mondiale sur la dette internationale, les pays en développement traversent une phase critique : entre 2022 et 2024, ils ont remboursé 741 milliards de dollars de plus qu’ils n’ont reçu en nouveaux financements, un écart inédit depuis cinquante ans. Le Maroc n’échappe pas à cette dynamique mondiale, même si sa situation apparaît plus résiliente que celle de nombreux pays comparables.
En 2024, le stock de la dette extérieure marocaine s’est établi à 67,99 milliards de dollars, légèrement en retrait par rapport au pic de 2023. Le long terme domine très largement cet encours, avec 57,2 milliards de dollars, dont 45,7 milliards garantis par l’État. Les créanciers multilatéraux restent les premiers partenaires du Maroc, avec une forte présence de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement, tandis que les créanciers privés, notamment via les obligations internationales , continuent de gagner en importance.
La pression s’est surtout accentuée au niveau du service de la dette. En 2024, le Maroc a remboursé 5,22 milliards de dollars en principal et versé 1,79 milliard en intérêts, soit un total record de 7,02 milliards. Cette hausse reflète un environnement où les coûts d’emprunt ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis près de deux décennies, avec des taux avoisinant 10% sur les marchés obligataires pour les pays émergents.
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Malgré ce contexte tendu, plusieurs indicateurs témoignent d’une soutenabilité encore solide. Les flux financiers nets demeurent positifs, tirés par l’investissement en capitaux propres. Le ratio dette extérieure sur RNB se maintient à 45%, tandis que le service de la dette représente 13% des exportations et 6% du RNB, des niveaux jugés maîtrisables selon les standards internationaux. La contraction du recours aux crédits du FMI et la baisse de la dette à court terme contribuent également à atténuer les risques.
La Banque mondiale avertit néanmoins que l’environnement reste fragile. Les tensions commerciales mondiales pourraient peser sur les exportations marocaines, essentielles au remboursement des échéances. Le coût élevé du refinancement constitue un second risque majeur, dans un contexte de taux durablement élevés. Enfin, l’augmentation des besoins de financement publics pourrait réduire la marge budgétaire, accentuant la pression sur les finances de l’État.
Avec un RNB en progression et une économie évaluée à 152 milliards de dollars en 2024, le Maroc dispose toutefois d’une base suffisamment robuste pour absorber les chocs extérieurs. Le maintien d’une gestion prudente de la dette, la diversification des sources de financement et le développement du marché domestique du capital émergent comme des leviers clés pour renforcer la résilience du pays dans un contexte mondial encore incertain.

