Fortement dépendant des importations d’énergie, le Maroc apparaît en première ligne face à un éventuel choc pétrolier lié à la guerre au Moyen-Orient. Une analyse d’Allianz Research alerte sur un risque réel de pression économique, voire de récession en cas de blocage prolongé du détroit d’Ormuz.
Le Maroc figure parmi les pays les plus exposés à un choc énergétique majeur en cas de prolongation de la guerre au Moyen-Orient et de blocage durable du détroit d’Ormuz. C’est le principal enseignement d’une récente analyse publiée par Allianz Research, qui alerte sur la vulnérabilité structurelle du Royaume face aux tensions sur les marchés mondiaux des hydrocarbures.
En cause : une forte dépendance aux importations énergétiques, qui pèse lourdement sur les équilibres macroéconomiques. Avec une facture énergétique dépassant les 10 milliards de dollars et un déficit énergétique estimé à environ 5% du PIB, le Maroc apparaît particulièrement sensible à toute hausse brutale des prix ou à une rupture d’approvisionnement.
L’étude met en lumière un « triple déficit » combinant déséquilibre énergétique, déficit budgétaire et déficit du compte courant. Cette configuration fragilise à la fois le dirham et les conditions de financement du pays, exposés à des fluctuations rapides en cas de choc externe. Depuis le début des tensions, la monnaie nationale montre déjà des signes de pression face au dollar, tandis que les marchés anticipent une hausse du risque.
À cela s’ajoute une contrainte majeure : la faiblesse des stocks stratégiques. Le Maroc ne dispose que d’environ 30 jours de réserves pétrolières, un niveau largement inférieur à celui de plusieurs économies comparables. Une situation qui réduit fortement sa capacité de résilience en cas de perturbation prolongée des flux énergétiques, notamment via le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20% du pétrole mondial.
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Malgré ces vulnérabilités, le Royaume conserve encore des marges de manœuvre. Ses réserves en devises couvrent près de cinq à six mois d’importations, constituant un filet de sécurité à court terme. Sur le plan monétaire, Bank Al-Maghrib devrait maintenir ses taux directeurs afin de contenir l’inflation importée et préserver la stabilité du dirham.
Mais ces amortisseurs pourraient rapidement atteindre leurs limites. Selon l’analyse, un blocage du détroit d’Ormuz au-delà de trois mois ferait basculer le Maroc dans une zone de « pression aiguë », avec un risque accru de récession. L’impact pourrait se traduire par une hausse de l’inflation allant jusqu’à un point supplémentaire, mais surtout par des tensions sur l’approvisionnement en hydrocarbures.
Autre menace identifiée : l’émergence d’une « prime de risque énergétique », susceptible d’augmenter le coût du financement du pays sur les marchés internationaux. Dans un contexte de volatilité accrue, les investisseurs pourraient exiger des rendements plus élevés, accentuant la pression sur les finances publiques.
Face à ce scénario, les experts insistent sur l’urgence d’accélérer la transition énergétique et de diversifier les sources d’approvisionnement. Si le Maroc dispose encore de fondamentaux solides pour absorber un choc à court terme, sa dépendance structurelle aux importations d’énergie reste un facteur de fragilité majeur dans un environnement géopolitique de plus en plus incertain.

