Face à l’envolée des prix de l’énergie provoquée par la guerre au Moyen-Orient, le gouvernement déploie un bouclier budgétaire de plus de 1,6 milliard de dirhams par mois. Objectif : contenir l’impact sur les ménages et les entreprises grâce au maintien des prix du gaz butane et de l’électricité, et à un nouveau mécanisme de soutien ciblé aux transporteurs.
Face à la flambée des prix de l’énergie provoquée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, le gouvernement marocain déploie un dispositif d’urgence pour amortir le choc sur les ménages et les entreprises. À l’issue du Conseil de gouvernement du 2 avril, le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, a détaillé un effort budgétaire mensuel dépassant 1,6 milliard de dirhams.
La pression est immédiate. En mars, les prix des produits énergétiques ont connu une hausse brutale : le baril de pétrole a progressé d’environ 44 % pour atteindre les 100 dollars, tandis que le gasoil a bondi de 75 %. Le gaz butane, largement utilisé par les ménages, a augmenté de 38 %, tout comme les intrants nécessaires à la production d’électricité, notamment le gaz naturel et le charbon.
Pour contenir cet effet de choc, l’exécutif a activé trois leviers principaux. Le premier concerne le gaz butane, dont le prix reste inchangé grâce à un renforcement massif de la compensation. La subvention par bonbonne de 12 kg passe ainsi de 30 à 78 dirhams, représentant à elle seule un coût mensuel de 600 millions de dirhams pour l’État.
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Deuxième pilier : le gel des tarifs de l’électricité. Malgré la hausse des coûts de production, aucune répercussion n’est appliquée aux consommateurs, qu’il s’agisse des ménages ou des entreprises. Cette décision vise à limiter l’effet inflationniste en chaîne sur l’ensemble de l’économie, avec un effort budgétaire estimé à 400 millions de dirhams par mois.
Enfin, le gouvernement déploie un soutien ciblé au secteur du transport, particulièrement exposé à la hausse des carburants. Un mécanisme d’aide directe, fixé à environ 3 dirhams par litre de gasoil, est accordé aux transporteurs professionnels sur une période d’un mois, du 15 mars au 15 avril. Plus précis que les dispositifs précédents, ce système repose sur des critères d’éligibilité renforcés afin d’éviter les effets d’aubaine. Son coût est évalué à 648 millions de dirhams.
Au total, ces mesures traduisent une volonté claire : contenir l’impact immédiat de la crise sans transférer la hausse des coûts aux consommateurs. Pour y parvenir, le gouvernement entend mobiliser l’ensemble des marges de manœuvre budgétaires disponibles, sans recourir, à ce stade, à une loi de finances rectificative.
Dans un contexte international incertain, cette stratégie repose sur un équilibre fragile entre soutien à l’économie et préservation des finances publiques, laissant entrevoir de possibles ajustements en fonction de l’évolution des marchés énergétiques.

