Près de 6,5 % des Marocains souffrent aujourd’hui de dépression, selon les derniers chiffres de The African Exponent et World Population Review. Classé troisième en Afrique derrière la Tunisie et le Lesotho, le Royaume fait face à une crise silencieuse, nourrie par les inégalités sociales, le chômage des jeunes et la stigmatisation persistante autour de la santé mentale.
En 2025, près de 2,3 millions de Marocains, soit 6,54 % de la population, seraient touchés par des troubles dépressifs. Ce taux place le Maroc au troisième rang africain, derrière la Tunisie (7,6 %) et le Lesotho (6,9 %), selon un rapport publié par The African Exponent à partir des données de World Population Review.
Les pays qui suivent le Maroc dans ce classement sont le Gabon (5,85 %), le Cap-Vert (5,84 %), la République du Congo (5,70 %) et la Libye (5,55 %). Ces chiffres confirment que la dépression n’épargne plus aucune région du continent, y compris les nations en croissance économique.
Au Maroc, la dépression est le reflet d’un malaise social profond. Les disparités économiques entre zones rurales et urbaines, le chômage des jeunes diplômés et la pression des attentes familiales et professionnelles fragilisent l’équilibre mental de nombreuses personnes.
Dans les régions rurales, la migration vers les grandes villes ou l’étranger, souvent envisagée comme une solution, se transforme parfois en une source d’isolement et de détresse émotionnelle, aggravant le sentiment de rupture sociale.
Bien que les autorités aient lancé plusieurs initiatives pour améliorer la prise en charge psychiatrique — notamment à travers la formation des médecins, l’ouverture de nouveaux services et les campagnes de sensibilisation contre la stigmatisation —, la majorité des cas restent non traités.
Par méfiance, méconnaissance ou peur du regard social, beaucoup de Marocains se tournent encore vers des solutions informelles : spiritualité, conseils familiaux ou automédication.
Cette réalité est particulièrement alarmante chez les jeunes. Le Plan stratégique national de promotion de la santé mentale (2018) signalait déjà une hausse rapide des troubles anxieux et dépressifs chez les moins de 20 ans, faisant de cette tranche d’âge la plus vulnérable.
Une urgence de santé publique mondiale
À l’échelle planétaire, la dépression touche plus de 260 millions de personnes, soit 3,4 % de la population mondiale, selon l’OMS. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, près de 75 % des personnes atteintes ne bénéficient d’aucun traitement, faute de moyens ou de politiques adaptées.
Pour le Maroc, la bataille contre la dépression ne se limite plus à la santé : elle devient un enjeu social, économique et générationnel, révélant les limites du modèle de bien-être face à la modernité et aux mutations du pays.

