Le marché des cryptomonnaies aborde ce début février 2026 sur une note heurtée, fidèle à une trajectoire toujours marquée par une volatilité extrême. Le Bitcoin a brutalement cédé du terrain en repassant sous les 70 000 dollars, tandis que le Maroc, malgré une interdiction officielle en vigueur depuis 2017, observe ces mouvements depuis une position singulière : celle d’un acteur majeur de l’adoption crypto en Afrique, mais encore privé de cadre réglementaire formel.
Le Bitcoin a touché un point bas autour de 69 800 dollars, enregistrant une baisse hebdomadaire proche de 8%. Cette correction s’explique par des prises de bénéfices massives, dans un contexte de regain d’incertitudes macroéconomiques, notamment autour de l’inflation énergétique mondiale et du durcissement des anticipations monétaires.
À l’inverse, Ethereum affiche une meilleure résistance, avec un repli limité à -4%, autour de 2 950 dollars. Le deuxième actif du marché bénéficie toujours du soutien des mises à jour technologiques (layer-2) et des perspectives liées au staking, qui attirent progressivement les investisseurs institutionnels.
D’autres valeurs crypto se distinguent : Solana évolue en territoire positif (+2,1%), confirmant son attrait spéculatif, tandis que Binance Coin reste légèrement sous pression. Les volumes échangés demeurent élevés, signe que la phase actuelle relève davantage d’un ajustement de marché que d’un retournement durable.
Les valeurs crypto sous surveillance

Source : CoinMarketCap – février 2026
Dans la région MENA, le Maroc figure parmi les marchés les plus actifs sur Bitcoin, se classant dans le top 30 mondial selon les données de Chainalysis, principalement via des canaux cash et peer-to-peer, faute de plateformes régulées.
Maroc : un poids lourd africain… sans cadre légal
Avec près de 5% de la population détentrice de crypto-actifs, soit environ 1,9 million de personnes, le Maroc se positionne au 7e rang africain et au 27e rang mondial en matière d’adoption. Les encours sont estimés à 12,7 milliards de dollars, un chiffre révélateur de l’ampleur d’un phénomène longtemps cantonné à l’informel.
Consciente de cette réalité, Bank Al-Maghrib a préparé un projet de loi, déposé en octobre 2025, visant à encadrer les crypto-actifs, les stablecoins et les plateformes d’échange, sous la supervision de l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux. Le texte prévoit notamment un système de licences, des mécanismes renforcés de protection contre la fraude et un rôle accru des banques comme dépositaires.
À fin 2025, le marché potentiel est estimé à 278 millions de dollars, avec une croissance annuelle moyenne proche de 5%, malgré l’interdiction toujours en vigueur.
Entre prudence réglementaire et ambition financière
C’est ici que se joue le véritable enjeu stratégique. Le Maroc avance sur une ligne de crête : interdit sur le papier, toléré dans les faits, le Bitcoin continue d’attirer épargnants et spéculateurs, souvent comme outil de transfert informel ou de couverture face à l’érosion du pouvoir d’achat.
Pour plusieurs analystes du secteur, dont Badr Bellaj, le Royaume gagnerait à adopter un cadre inspiré des places comme Dubaï, combinant contrôle, attractivité et innovation. Les risques sont connus – volatilité, fraudes, blanchiment – mais les opportunités le sont tout autant : positionner Casablanca Finance City comme hub crypto africain, capable d’attirer capitaux et talents internationaux.
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Une lecture de marché qui dépasse la crypto
Au-delà des variations quotidiennes, la séquence actuelle pose une question de fond. Le Maroc ne peut plus ignorer un marché où 5% de sa population est déjà investie, sans cadre ni protection formelle. À l’image d’une Bourse de Casablanca en mutation, la crypto constitue désormais un actif de marché à part entière, avec ses cycles, ses valeurs refuges et ses excès.
Les projections tablent sur un Bitcoin autour de 85 000 dollars à mi-2026 et un Ethereum proche de 4 000 dollars, à condition d’un environnement réglementaire et monétaire plus lisible à l’international. Côté marocain, l’adoption attendue de la loi au deuxième trimestre 2026 pourrait constituer un catalyseur décisif, notamment pour les investisseurs institutionnels.
En filigrane, le message est clair : réprimer n’a pas freiné l’adoption. La question n’est plus de savoir si la crypto existe au Maroc, mais comment l’intégrer intelligemment au paysage financier, avant que d’autres places africaines ne captent définitivement les flux.

