Le déficit commercial du Maroc a poursuivi son aggravation à fin mai 2026 pour atteindre plus de 159 milliards de dirhams, sous l’effet d’une forte progression des importations, notamment des biens d’équipement et de la facture énergétique. Si les exportations continuent de croître, leur rythme demeure insuffisant pour compenser cette hausse. En parallèle, les transferts des Marocains résidant à l’étranger, le tourisme et les investissements directs étrangers continuent de soutenir les équilibres extérieurs du Royaume.
Les échanges extérieurs du Maroc restent marqués par une forte pression sur la balance commerciale. Selon les dernières statistiques publiées par l’Office des Changes, le déficit commercial s’est établi à 159,07 milliards de dirhams à fin mai 2026, contre 131,71 milliards un an auparavant, soit une aggravation de 20,8 %. Cette évolution reflète une hausse des importations plus soutenue que celle des exportations, entraînant un recul du taux de couverture des importations par les exportations, passé de 60,3 % à 57,1 %.
Les importations de marchandises ont atteint 370,49 milliards de dirhams, en progression de 11,8 % sur un an. Cette hausse est principalement portée par les achats de biens d’équipement, dont les acquisitions d’avions, de pièces aéronautiques et de véhicules utilitaires, mais aussi par l’alourdissement de la facture énergétique. Les importations de gasoil, de fuel-oil et de produits pétroliers poursuivent leur forte progression, tandis que les achats de produits bruts, notamment de soufre non raffiné, enregistrent également une nette accélération.
Face à cette dynamique, les exportations poursuivent leur progression mais à un rythme plus modéré. Elles atteignent 211,41 milliards de dirhams, soit une hausse de 5,8 % par rapport à fin mai 2025. Le secteur automobile demeure le principal moteur de cette croissance, avec une progression de près de 16 %, portée par les performances de la construction automobile et du câblage. L’industrie aéronautique affiche également une évolution favorable grâce à la hausse des activités d’assemblage.
En revanche, les exportations de phosphates et de leurs dérivés poursuivent leur repli. Les ventes du secteur ont diminué de 11,2 %, pénalisées par le recul des exportations d’engrais ainsi que des phosphates bruts, limitant ainsi la progression globale des exportations marocaines.
Malgré la dégradation du solde commercial, plusieurs indicateurs continuent de soutenir les comptes extérieurs du Royaume. Les recettes de voyages poursuivent leur dynamique avec une hausse de 14,6 %, atteignant 53,75 milliards de dirhams à fin mai. Cette progression permet au solde de la balance des voyages de s’améliorer de près de 20 %, confirmant la bonne santé du secteur touristique.
Les transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE) continuent également de jouer un rôle essentiel dans l’économie nationale. Ils dépassent 50,22 milliards de dirhams, en hausse de 8,8 % sur un an, confortant leur statut de l’une des principales sources de devises du pays.
Autre signal positif, les investissements directs étrangers (IDE) poursuivent leur progression. Les recettes d’IDE atteignent 29,84 milliards de dirhams, tandis que la baisse des dépenses d’investissement à l’étranger permet au flux net de progresser de 41,8 %, pour s’établir à 23,31 milliards de dirhams, illustrant le maintien de l’attractivité du Maroc auprès des investisseurs internationaux.
Parallèlement, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) observe une évolution contrastée des prix du commerce extérieur au premier trimestre 2026. Les valeurs unitaires à l’importation reculent de 0,5 %, sous l’effet notamment de la baisse des prix de l’énergie, des équipements industriels et des produits alimentaires. À l’inverse, les valeurs unitaires à l’exportation progressent de 2,6 %, portées par les produits alimentaires, les biens de consommation, les équipements industriels et les produits miniers.
Ces données traduisent un commerce extérieur à deux vitesses. Si le Maroc continue de renforcer ses secteurs exportateurs stratégiques et bénéficie d’une solide dynamique des services, du tourisme, des transferts des MRE et des investissements étrangers, la progression soutenue des importations, notamment des biens d’équipement nécessaires aux investissements et des produits énergétiques, continue de peser lourdement sur la balance commerciale du Royaume.

