Casablanca s’affirme un peu plus comme l’un des pôles majeurs de la création contemporaine africaine. Avec le lancement, le 29 janvier, de la première édition d’Afric’Artech, la métropole économique accueille un événement inédit qui place la création numérique au cœur des dynamiques culturelles du continent.
Placée sous le thème « Humanité augmentée : l’Afrique à la croisée des arts et de la technologie », cette rencontre entend faire dialoguer innovation artistique, technologies émergentes et enjeux sociétaux, en réunissant créateurs, entrepreneurs et experts venus de plus de quinze pays africains et de la diaspora.
Dès son ouverture, Afric’Artech s’est imposé comme un espace de réflexion et de production, où l’art ne se limite plus à l’esthétique mais devient un langage critique et prospectif face aux mutations technologiques. Installée à Casablanca, la manifestation ambitionne de révéler une Afrique créative, capable de produire ses propres imaginaires numériques et de s’inscrire dans les grands débats contemporains sur l’intelligence artificielle, la création augmentée et les nouvelles formes de narration.
Une plateforme pour révéler les talents africains
À l’origine du projet, la fondatrice Mounia Arezki Sayagh met en avant une conviction forte : la jeunesse africaine regorge de talents qui inventent de nouvelles écritures à la croisée de l’art, de la culture, du numérique et de l’humain.
« La jeunesse africaine ne se contente plus de suivre les tendances, elle les crée », souligne-t-elle, estimant qu’Afric’Artech a vocation à devenir « un catalyseur des imaginaires numériques du continent ». À travers leurs œuvres, ces jeunes artistes et créateurs projettent l’image d’une Afrique productrice d’innovations culturelles, d’esthétiques contemporaines et de modèles technologiques durables.
Afric’Artech se veut ainsi une plateforme d’excellence, pensée pour offrir une visibilité structurée aux créateurs africains et les accompagner dans la professionnalisation de leurs pratiques. L’événement s’inscrit comme un véritable laboratoire dédié aux industries culturelles et créatives africaines à l’ère de l’intelligence artificielle, en favorisant les échanges entre artistes, ingénieurs, designers et entrepreneurs culturels.
Casablanca, carrefour africain des cultures et du numérique
Le choix de Casablanca ne relève pas du hasard. Porté par la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc se positionne depuis plusieurs années comme un carrefour stratégique du développement africain, notamment sur les plans culturel et créatif. Inscrite dans le Réseau des Villes créatives de l’UNESCO, Casablanca devient le point d’ancrage d’une jeunesse africaine « digital native », qui s’exprime par le numérique tout en contribuant au rayonnement culturel du continent.
Les intervenants soulignent l’importance d’encourager cette créativité qui prolonge le geste artistique par la technologie. Dans un contexte où le numérique est devenu un levier central de création, de diffusion et de valorisation du patrimoine, Afric’Artech participe à l’émergence d’un écosystème africain structuré, connecté et compétitif, capable de dialoguer avec les grandes scènes créatives mondiales.
Lire aussi : Casablanca : Hassan Mannana explore le corps comme mémoire vivante à l’Artorium
IA, blockchain et nouvelles écritures numériques
Les débats et échanges organisés lors d’Afric’Artech mettent en lumière les transformations profondes que les nouvelles technologies opèrent dans le secteur des industries culturelles et créatives. L’intelligence artificielle et la blockchain sont notamment présentées comme des outils à fort potentiel, aussi bien pour la création de valeur que pour la traçabilité des œuvres et la protection des droits des artistes.
Pendant deux jours, six conférences et huit masterclasses, animées par des figures africaines et internationales de la création numérique, offrent un éclairage approfondi sur les pratiques émergentes. Intelligence artificielle éthique, code créatif, scénographies immersives, design spéculatif africain, mode technologique ou encore narration transmédia figurent parmi les thématiques abordées, illustrant la volonté de penser des usages technologiques ancrés dans les réalités et les imaginaires africains.
Vers un écosystème créatif africain structuré
Organisé avec l’appui du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication et du ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Afric’Artech se positionne également comme un espace de mise en réseau à grande échelle. L’événement vise à renforcer les connexions entre artistes, institutions culturelles, studios créatifs et entreprises technologiques africaines, tout en intégrant pleinement la diaspora, reconnue pour son rôle structurant dans les dynamiques mondiales d’innovation culturelle.
En intégrant pleinement la diaspora, Afric’Artech prolonge l’Afrique créative au-delà du continent, transformant ces talents installés à l’international en relais de rayonnement et de soft power culturel africain. Cette articulation entre ancrage local et projection globale constitue l’un des marqueurs forts de la manifestation.
Les Afric’Artech Awards viennent par ailleurs couronner les startups et artistes qui réinventent les usages culturels grâce à la technologie, qu’il s’agisse de création augmentée, de préservation du patrimoine par la numérisation avancée, d’expériences immersives ou de solutions innovantes d’accès à la culture. En amont, un hackathon organisé à l’École des Beaux-Arts de Casablanca a déjà illustré cette dynamique, en réunissant des étudiants autour de défis mêlant art, culture, intelligence artificielle et technologies numériques.
En plaçant la création numérique au centre du débat, Afric’Artech confirme le positionnement du Maroc, et de Casablanca en particulier, comme espace de convergence entre Afrique créative, innovation technologique et nouvelles formes de diplomatie culturelle. Pour les jeunes créateurs du continent, l’événement apparaît à la fois comme une vitrine, un laboratoire et un tremplin vers les scènes internationales.

