L’exposition itinérante “Belgica Biladi” a contribué à combler un déficit de reconnaissance autour de l’histoire et des apports de l’immigration marocaine en Belgique, en mettant en lumière des trajectoires longtemps restées en marge des récits officiels, a indiqué Ahmed Medhoune, Directeur à l’Université Libre de Bruxelles (ULB).
Pensé comme un projet global, “Belgica Biladi”, lancée en 2024 à l’occasion du 60ᵉ anniversaire de l’immigration marocaine en Belgique, s’est articulée autour de trois volets à savoir une grande exposition, un ouvrage de référence et une série de podcasts, a fait savoir M. Medhoune dans une interview à la MAP.
L’objectif de cette initiative, clôturée en fin mars dernier, était de documenter une mémoire collective largement méconnue, y compris des Marocains eux-mêmes, et de rendre hommage aux premières générations, souvent absentes des livres d’histoire, a-t-il expliqué.
L’exposition a retracé les différentes étapes du parcours migratoire, des raisons du départ aux enjeux contemporains, en passant par les conditions de travail dans les mines ou l’essor économique d’après-guerre, a ajouté M. Medhoune, commissaire général de “Belgica Biladi”.
Présentée en Belgique puis au Maroc après traduction en langues arabe et amazighe, cette exposition, a-t-il relevé, visait également à déconstruire les stéréotypes entourant les diasporas marocaines, en proposant un récit nuancé et documenté, tant en Europe qu’au Maroc.
Pour M. Medhoune, “Belgica Biladi”, au-delà du travail de mémoire, a mis en avant la contribution concrète des Belgo-Marocains à la société belge. Il a rappelé que ces derniers, arrivés en nombre à partir des années 1960 pour répondre aux besoins de main-d’œuvre, notamment dans les charbonnages et l’industrie, ont progressivement investi l’ensemble des secteurs d’activité et occupent aujourd’hui des fonctions variées, y compris à des niveaux élevés de responsabilité.
Cette présence marocaine s’accompagne d’une participation politique notable, considérée comme une spécificité du cas belge, a-t-il fait observer, notant que l’accès des Marocains à la nationalité et au droit de vote a permis l’émergence d’un électorat influent qui compte grandement dans les agendas politiques.
Parallèlement, M. Medhoune a insisté sur le fait que cet ancrage en Belgique ne s’est pas fait au détriment des liens avec la Mère-Patrie, précisant que “Belgica Biladi” avait mis en évidence des identités “transnationales”, combinant appartenance à la société belge et attachement au Maroc.
Selon M. Medhoune, ce modèle d’intégration et de maintien des attaches culturelles repose sur une logique d’addition plutôt que de substitution des identités. Il a fait observer à cet égard que les jeunes générations, y compris celles nées en Belgique, continuent d’entretenir un rapport fort au Maroc, parfois sous forme de projets de retour ou d’activités économiques pendules entre les deux pays.
“Belgica Biladi” s’est également voulu un outil d’inspiration pour les jeunes Belgo-Marocains évoluant dans des sociétés multiculturelles, a-t-il poursuivi, précisant qu’en mettant en avant des parcours de réussite et des figures issues de l’immigration, cette initiative a cherché aussi à renforcer la confiance et à contrer les effets des discriminations et des stéréotypes.
Enfin, M. Medhoune a indiqué que l’exposition avait privilégié une approche valorisant des “diffuseurs d’optimisme”, c’est-à-dire des figures capables de servir de repères et de modèles, tout en soulignant les dynamiques de solidarité au sein de la diaspora, qui jouent un rôle clé dans les parcours d’intégration.
Selon lui, en replaçant ces expériences individuelles dans une histoire collective, “Belgica Biladi” a contribué à une meilleure compréhension des migrations et à un apaisement des débats, dans un contexte marqué par la montée des tensions identitaires en Europe.

