Les barrages marocains atteignent un taux de remplissage record de 65,2% début février 2026, avec 10,9 milliards de mètres cubes stockés. Pourtant, cette abondance nationale s’accompagne d’inondations majeures dans le Nord et de disparités persistantes entre bassins hydrauliques. Plus de 143 000 personnes ont été évacuées dans le Gharb et le Loukkos. Une situation qui met en lumière un paradoxe moins lié au manque d’eau qu’à sa répartition et à sa gestion territoriale.
Portées par des épisodes pluvieux intenses ces dernières semaines, les ressources hydriques du Royaume enregistrent une amélioration notable. Au 7 février 2026, les barrages totalisent 10,9 milliards de m³, soit une hausse d’environ 134% par rapport à la même période de l’année précédente.
Plusieurs bassins stratégiques affichent des niveaux élevés. Le Loukkos approche la saturation, le Sebou dépasse les 80% de remplissage et le Bouregreg enregistre également des niveaux confortables. Cette évolution sécurise l’alimentation en eau potable pour des millions de Marocains et offre un répit attendu après plusieurs campagnes hydrologiques déficitaires.
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Malgré cette amélioration générale, des disparités persistent. Le bassin Doukkala-Chaouia affiche un taux moyen d’environ 37%, tandis que le Souss-Massa atteint 54,3%, des niveaux inférieurs à la moyenne nationale.
Dans le même temps, les fortes précipitations ont provoqué des inondations majeures dans le Gharb et le Loukkos. À Ksar El Kébir et dans plusieurs communes environnantes, des quartiers entiers ont été envahis par les eaux. Depuis fin janvier, plus de 143 000 personnes ont été évacuées à titre préventif.
Les pertes agricoles sont importantes. Des milliers d’hectares de céréales ont été submergés, compromettant une partie de la campagne dans le Nord. La filière des fruits rouges, pilier économique du Loukkos, enregistre déjà des dégâts significatifs sur ses infrastructures, tandis que l’indisponibilité d’une partie de la main-d’œuvre complique les opérations de reprise. Les cultures maraîchères, pommes de terre et betteraves figurent parmi les plus touchées.
La Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader) souligne que l’ampleur exacte des pertes ne pourra être évaluée qu’après la décrue.
Cette crise met en lumière un effet indirect des années de stress hydrique. Pour sécuriser l’accès à l’eau, certains agriculteurs se sont progressivement installés dans des zones basses, proches des nappes et des oueds. Viables en période sèche, ces implantations se révèlent particulièrement vulnérables lors des crues.
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Les producteurs du Loukkos alertent sur la fragilité de leurs exploitations, d’autant que de nouvelles précipitations restent possibles selon la Direction générale de la météorologie. Cette situation illustre la difficulté d’adapter durablement l’agriculture à un climat de plus en plus variable.
Le contraste territorial relance la question des infrastructures de transfert inter-bassins. Ces projets visent à acheminer une partie des excédents du Nord vers les régions centrales et méridionales à l’aide de canaux et de stations de pompage.
Pour la Comader, ces aménagements constituent un levier stratégique pour renforcer la résilience agricole. Plusieurs spécialistes rappellent toutefois que ces projets impliquent des coûts élevés, des contraintes techniques importantes et des délais de réalisation longs. Ils ne sauraient donc constituer une réponse immédiate aux épisodes extrêmes, mais s’inscrivent dans une stratégie de long terme.
Face à la saturation du barrage Oued El Makhazine, les autorités ont procédé à des lâchers préventifs de près de 372,9 millions de m³. Les gestionnaires ont dû arbitrer entre la sécurité de l’ouvrage et le risque d’aggraver les inondations en aval.
Le ministère de l’Équipement et de l’Eau indique qu’aucun dysfonctionnement n’a été constaté malgré le dépassement du niveau historique. Les modélisations hydrauliques anticipent toutefois des débits élevés dans les prochains jours.
Sur le plan humain, aucune perte de vie n’a été enregistrée à ce stade grâce aux évacuations préventives et à la coordination entre les autorités, contrastant avec les inondations de Safi en décembre 2025.
La séquence actuelle illustre la nouvelle réalité hydrique du Maroc : une amélioration globale des réserves peut coexister avec des vulnérabilités locales majeures. Le pays fait face à des épisodes météorologiques plus intenses et plus concentrés, alternant excès d’eau et périodes de tension.
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Plusieurs priorités émergent : développement d’infrastructures de répartition, création de bassins de rétention pour atténuer les crues, révision du zonage agricole dans les zones inondables, modernisation de l’irrigation et renforcement des mécanismes d’assurance climatique.
Le Haut-Commissariat au Plan tablait sur une croissance de 10% du secteur primaire en 2026 grâce à l’amélioration de la pluviométrie. Les pertes enregistrées dans le Nord pourraient conduire à une révision de ces prévisions. Une évaluation rapide des dégâts sera déterminante pour orienter les mesures de soutien aux agriculteurs sinistrés.
Février 2026 met ainsi en évidence un paradoxe durable : celui d’un pays globalement mieux doté en eau, mais confronté à la nécessité d’en maîtriser la répartition et les risques dans un climat devenu plus instable.

