Malgré une croissance soutenue, le Maroc peine à créer suffisamment d’emplois. Dans deux rapports, la Banque mondiale appelle à des réformes structurelles et à un rôle accru du secteur privé pour générer jusqu’à 1,7 million d’emplois d’ici 2035.
Le Groupe de la Banque mondiale dresse un constat sans détour : malgré des avancées économiques notables, le Maroc reste confronté à un défi majeur, celui de transformer sa croissance en emplois durables. Dans deux rapports récents consacrés à la croissance, à l’emploi et au diagnostic du secteur privé, l’institution propose une feuille de route ambitieuse pour accélérer cette transformation.
Depuis le début des années 2000, la population en âge de travailler a progressé près de 2,5 fois plus vite que l’emploi, révélant un déséquilibre structurel. Cette situation s’explique notamment par une productivité encore limitée, un environnement concurrentiel insuffisant dans près de 40 % des secteurs industriels, ainsi que par une faible participation des femmes au marché du travail, l’une des plus basses au monde malgré un niveau d’éducation en hausse.
Pour inverser cette tendance, la Banque mondiale identifie quatre leviers prioritaires : renforcer la concurrence, stimuler des entreprises plus dynamiques, améliorer l’efficacité de l’investissement public et rendre le marché du travail plus inclusif, en particulier pour les jeunes et les femmes. La mise en œuvre de ces réformes pourrait permettre de créer jusqu’à 1,7 million d’emplois d’ici 2035, voire 2,5 millions à l’horizon 2050, tout en portant le PIB réel à un niveau supérieur de près de 20 % aux projections actuelles.
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Au cœur de cette stratégie figure le rôle clé de l’investissement privé. L’institution estime que des réformes ciblées pourraient débloquer environ 7,4 milliards de dollars d’investissements supplémentaires, soit près de 4 % du PIB. Le principal frein ne réside pas dans le manque d’opportunités, mais dans les contraintes réglementaires, administratives et les lacunes en compétences qui limitent encore l’attractivité du marché.
Le rapport met également en lumière quatre secteurs à fort potentiel, alignés avec les priorités du Royaume en matière de croissance verte et de modernisation industrielle : la production décentralisée d’énergie solaire, le textile bas carbone, les cosmétiques à base d’argan et l’aquaculture marine. À eux seuls, ces segments pourraient générer plus de 166.000 emplois au cours de la prochaine décennie, à condition de lever les obstacles liés aux procédures, à l’accès aux ressources et aux normes.
Partenaire historique du Maroc depuis plus de six décennies, le Groupe de la Banque mondiale insiste sur la nécessité de passer à une nouvelle phase, où les réformes macroéconomiques s’articulent pleinement avec le développement du secteur privé. L’enjeu est clair : transformer les ambitions stratégiques en une croissance inclusive, capable de bénéficier à l’ensemble de la population.

