La fintech britannique Revolut s’intéresse au marché marocain et a récemment engagé des discussions exploratoires avec Bank Al-Maghrib. Mais malgré l’attrait du Royaume comme hub régional et marché à fort potentiel, la Banque centrale estime que les conditions ne sont pas réunies pour envisager une implantation à court terme, en raison de plusieurs chantiers stratégiques prioritaires.
L’arrivée de Revolut au Maroc devra encore attendre. La célèbre néobanque britannique, qui poursuit son expansion internationale, a récemment manifesté son intérêt pour le Royaume, mais Bank Al-Maghrib ne considère pas ce dossier comme une priorité dans l’immédiat.
À l’occasion de la conférence de presse organisée après la réunion trimestrielle du Conseil de Bank Al-Maghrib, le wali de la Banque centrale, Abdellatif Jouahri, a confirmé avoir reçu au début du mois de juin une délégation de Revolut accompagnée d’un représentant marocain.
Selon le gouverneur, les échanges ont permis aux responsables de la fintech de présenter leur vision du marché marocain, qu’ils considèrent comme une destination attractive en raison de son potentiel de croissance et de sa position stratégique entre l’Europe et l’Afrique. Le Royaume est également perçu comme une porte d’entrée vers le continent africain, un axe de développement qui suscite un intérêt croissant auprès des acteurs internationaux des services financiers.
Toutefois, Abdellatif Jouahri a tenu à préciser qu’aucune demande officielle d’agrément n’a été déposée à ce stade. La rencontre avait essentiellement pour objectif de mieux comprendre l’environnement réglementaire marocain et d’évaluer les perspectives d’une éventuelle implantation future.
Bank Al-Maghrib concentrée sur trois dossiers majeurs
Si l’intérêt de Revolut pour le Maroc est réel, la Banque centrale estime que plusieurs priorités mobilisent actuellement ses ressources et son attention.
Le premier dossier concerne les discussions en cours avec les autorités européennes autour des nouvelles réglementations applicables aux établissements financiers étrangers opérant dans l’Union européenne. Pour le Maroc, cet enjeu revêt une importance particulière en raison de son impact potentiel sur les transferts financiers des Marocains résidant à l’étranger.
À cela s’ajoutent deux échéances majeures attendues d’ici la fin de l’année : une évaluation conduite conjointement par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, ainsi qu’un examen du Maroc dans le cadre du Groupe d’action financière (GAFI), l’organisme international chargé de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Lire aussi: Revolut au Maroc : la néobanque britannique en quête du feu vert de Bank Al-Maghrib
Face à ces défis, Bank Al-Maghrib privilégie la consolidation de ses chantiers réglementaires avant d’envisager l’arrivée de nouveaux acteurs internationaux sur le marché.
Un segment déjà investi par les acteurs marocains
Le wali de Bank Al-Maghrib a également souligné que Revolut cible principalement les services bancaires numériques, un domaine où les établissements marocains ont considérablement renforcé leur présence ces dernières années.
Entre les applications bancaires mobiles, les solutions de paiement digital et l’émergence de nouvelles offres dématérialisées, les banques marocaines occupent déjà une place importante sur ce segment en pleine croissance.
Selon Abdellatif Jouahri, les représentants de Revolut ont pris acte de cette position et reconnu que le contexte actuel n’était pas favorable à une implantation immédiate. Les discussions pourraient toutefois reprendre dans les années à venir, une fois les principaux dossiers stratégiques de la Banque centrale finalisés.
Pour l’heure, le message du régulateur est clair : le Maroc demeure attractif pour les acteurs internationaux de la finance numérique, mais l’ouverture du marché à de nouveaux entrants ne figure pas parmi les priorités immédiates de Bank Al-Maghrib.

