À l’occasion de son 10ᵉ anniversaire, le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI) de Rabat propose une exposition exceptionnelle intitulée «Chaïbia/CoBrA : Au croisement des libertés».
Né en 1948 dans l’effervescence de l’après-guerre, le mouvement CoBrA (Copenhague, Bruxelles, Amsterdam) a été fondé par des artistes et poètes tels que Christian Dotremont, Karel Appel et Asger Jorn. Rejetant les conventions artistiques de l’époque, ce mouvement prônait une expression brute et intuitive, libérée des contraintes académiques et intellectuelles.
De son côté, Chaïbia Talal, figure incontournable de l’art marocain, s’est imposée comme une voix singulière de l’expression intuitive. Inspirée par un rêve, sa peinture, souvent qualifiée de «naïve», se caractérise par des formes brutes et un instinct chromatique vibrant. Son œuvre, profondément enracinée dans les traditions populaires marocaines, incarne une quête de liberté similaire à celle des artistes CoBrA.
L’exposition met en lumière les parallèles entre ces deux univers artistiques, géographiquement et historiquement éloignés, mais liés par une même volonté de rupture avec les conventions. À travers plus de cent œuvres de CoBrA et une sélection significative de toiles de Chaïbia, les visiteurs découvrent une esthétique partagée où l’émotion brute, la spontanéité et la liberté individuelle occupent une place centrale.
Le parcours de l’exposition s’articule en plusieurs sections, permettant d’apprécier les influences croisées entre l’art nord-africain et l’esthétique de CoBrA. Cette influence se manifeste notamment dans l’attrait des artistes CoBrA pour les formes primitives, les couleurs éclatantes et les inspirations non occidentales, en résonance avec l’univers de Chaïbia.
Les membres du groupe CoBrA avaient reconnu en Chaïbia Talal une artiste partageant leur vision de l’art libéré. L’énergie brute et la vitalité de ses œuvres, ainsi que son rejet des cadres académiques, font écho aux idéaux du mouvement européen. Malgré les étiquettes condescendantes qu’elle a parfois subies, Chaïbia s’est affirmée comme une ambassadrice d’une créativité instinctive et universelle, inscrivant ainsi son nom dans l’histoire de l’art international.
Au-delà des œuvres exposées, «Chaïbia/CoBrA : Au croisement des libertés» offre une réflexion profonde sur le rôle de l’art en tant que vecteur de libération et de dialogue interculturel. En réunissant ces deux visions artistiques, le MMVI souligne l’importance de la spontanéité et de l’instinct dans la création, rappelant que l’art est avant tout un moyen d’explorer les multiples facettes de l’humanité.

